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mardi 31 janvier 2017

Cosey, Grand Prix de la ville d'Angoulême 2017

Le festival d'Angoulême vient de s'achever. Contrairement à l'année dernier, il n'y eut pas de couac majeur à signaler... Les expositions ont été généralement appréciées (avec une mention spéciale pour celle dédiée au managaka Kamimura, encore peu connu du grand public, mais dont les dessins très inspirés de l'art pictural traditionnel japonais sont sensuels et très esthétiques). Des manifestations ont permis de mieux mettre en avant les conditions socio-économiques des auteurs.

Le jury n'a pas choisi la facilité puisque le palmarès a récompensé des albums relativement exigeants, notamment Paysage après la bataille, d'Éric Lambé et Philippe de Pierpont (fauve d'or, prix du meilleur album).

Le Grand Prix de la ville d'Angoulême a été attribué au Suisse Cosey, devant Manu Larcenet et Chris Ware, les deux autres finalistes. Certes, j'aurais préféré que le prix récompense Chris Ware, auteur résolument exceptionnel, mais il est encore relativement jeune et a encore le temps pour être couronné. Et Cosey mérite à mes yeux pleinement son Grand Prix.

Un lecteur qui le découvrirait aujourd'hui pourrait ressentir une certaine déception, percevant mal son originalité. Avec quelques-uns de ses contemporains, Cosey a effet ouvert beaucoup de voies aujourd'hui largement fréquemment. Il faut se remettre en tête le contexte de réalisation de ses grands albums : les premiers Jonathan à partir de 1975), À la recherche de Peter Pan (1983), Le Voyage en Italie (1988), Saigon Hanoï (1992). Quand Jonathan fit sa première apparition dans les pages du journal Tintin, en 1975, et même si cela commençait à évoluer, la plupart des bandes dessinées, notamment dans les pages de l'hebdomadaire pour les jeunes de 7 à 77 ans, étaient soient des séries d'humour, soit des séries d'aventure au sens large (western, policier, action, etc.), riches en rebondissements et en coups de poing (ou de feu).

Cosey, avec d'autres, a montré qu'un récit pouvait être riche sans être trépidant, que les plus grandes aventures pouvaient être intérieures. Jonathan parcourait les montagnes himalayennes sans chercher de dangereux bandits ni même de yéti. Dans ses récits, Cosey prend son temps, laisse la place au blanc et au silence. L'implicite et les non-dits ont une importance rarement rencontrés auparavant. Cosey avait également la particularité de conseiller des musiques à écouter en lisant ses albums, ce qui ouvrait la bande dessinée à de nouveaux horizons. Par bien des aspects, Cosey a donc fait souffler un vent frais sur une bande dessinée franco-belge alors assez confinée dans un confortable entre-soi. À la même époque, d'autres auteurs innovants ouvraient d'autres voies, notamment dans les pages des revues nouvellement créées qu'étaient L'Écho des Savanes ou Métal Hurlant. C'était une époque bien riche pour la bande dessinée franco-belge et Cosey y a contribué.

mercredi 27 janvier 2016

Hermann, Grand Prix d'Angoulême 2016

Le nom du Grand prix du 43e festival d'Angoulême vient d'être annoncé, après des péripéties qui ont fait débat depuis quelques jours (ce qui est le cas à peu près chaque année, pourriez-vous me faire remarquer à juste titre).

La première péripétie arriva lorsque la liste d'auteurs présélectionnés fut annoncée. Pas une seule femme ne figurait sur la liste. Un collectif d'auteures indignées releva l'affaire. Les autres auteurs, notamment ceux qui étaient présélectionnés, les réseaux sociaux, puis même la presse généraliste s'emparèrent du sujet. L'administration du festival tenta maladroitement de justifier son choix, envisagea de modifier sa liste pour y inclure quelques femmes. Puis, finalement, elle supprima la liste et laissa les votants (l'ensemble des auteurs de bande dessinée) voter pour qui bon leur semblait.

Le premier tour eut lieu et les trois finalistes offrirent un choix très éclectique pour le second tour : Hermann, un dessinateur de bande dessinée franco-belge classique, Alan Moore, un scénariste britannique qui a révolutionné les comics anglo-saxons depuis les années 1980, et Claire Wendling. L'arrivée de celle-ci dans le trio de tête en surprit plus d'un. Son œuvre est en effet quantitativement modeste (guère plus d’une demi-douzaine d'albums de bande dessinée ; son œuvre marquante étant les cinq volumes des Lumières de l'Amalou, parues entre 1990 et 1996, sur un scénario de Christophe Gibelin), ce n'est pas un "auteur complet" (entendez : elle ne scénarise pas elle-même ses histoires), elle est relativement peu connue du grand publique et a arrêté la bande dessinée pour se consacrer à l'illustration il y a plus de 20 ans. « Elle est là juste parce que c'est une femme », avancèrent certains détracteurs. Le choix pouvait effectivement paraître inattendu. Les cinq volumes des Lumières de l'Amalou avaient rencontré un succès significatif dans les années 1990, certes, mais pas exceptionnel non plus. Peu à peu, quelques auteurs ayant voté pour elle explicitèrent leur choix sur les réseaux sociaux. Ils exprimèrent alors combien elle les avait influencés, à quel point, 20 ans après son dernier album de bande dessinée, ils continuaient à puiser de l’inspiration dans ses dessins. Claire Wendling est donc un exemple parfait de l' « artist’s artist » (l'artiste pour artistes), comme disent nos amis anglo-saxons : une artiste un peu méconnue du grand public mais particulièrement appréciée par ses pairs, à l’influence sans commune mesure avec son succès commercial (aux États-Unis, Alex Toth et Noel Sickles, notamment, sont les archétypes de ces artistes pour artistes).

Puis vinrent les résultats du 2e tour et Hermann fut élu. Ce choix était beaucoup plus attendu (ce qui ne signifie pas nécessairement plus justifié) : Hermann était dans la liste des favoris pour le Grand Prix depuis de nombreuses années. Solide dessinateur réaliste, il a offert ses premières grandes réussites, sur d’excellents scénarios de Greg, dans les années 1970. L’alliance des scénarios de Greg, aux multiples rebondissements et aux personnages plus humains que ceux de la plupart des séries contemporaines, et du dessin efficace et extrêmement vivant de Hermann allait donner les meilleurs albums des séries Comanche (entre 1972 et 1983 pour la publication en albums) et Bernard Prince (entre 1969 et 1978), deux fleurons de la bande dessinée franco-belge des années 1970. Hermann décida ensuite de voler de ses propres ailes et créa ses séries, sur des scénarios à lui : Jeremiah, dans un futur proche post-apocalyptique, et Les Tours de Bois-Maury, situées au Moyen-Age. Il s’adjoint plus tard les services d’autres scénaristes, « Morphée » pour la série Nic, Jean Van Hamme pour le one-shot Lune de Guerre et, surtout depuis 2000, Yves H., son fils, qui écrit maintenant la majorité de ses albums. Les dessins étaient toujours excellents, Hermann continuait à se remettre en cause sans cesse, changeant radicalement de technique de dessin à intervalles réguliers, mais les histoires furent alors beaucoup plus inégales. On disait que son caractère un peu revêche et certaines prises de position politiques l’empêchaient d’avoir le Grand Prix. Puis il déclara qu’il n’en voulait pas. Il se ravisa cependant, notamment sous la pression de son ami Boucq. Et celle année, les jurés décidèrent de lui accorder ce Prix, lui de l’accepter…

jeudi 3 décembre 2015

Exposition Jean-Christophe Menu lors du prochain festival d'Angoulême

Le programme du prochain festival d'Angoulême (qui aura lieu du 28 au 31 janvier 2016) commence à être connu. Au-delà des expositions assez classiques (celle consacrée au grand prix de la ville d'Angoulême 2015, Katsuhiro Otomo, celle consacrée à un grand classique, Morris, dessinateur de Lucky Luke, etc.), un événement à particulièrement retenu mon attention : il s'agit de l'exposition qui sera dédiée à Jean-Christophe Menu (en passant, elle se tiendra dans l'hôtel Saint-Simon, comme celle sur Fabrice Neaud en 2010).

Jean-Christophe Menu est un personnage majeur du monde de la bande dessinée des 20 dernières années. Il a notamment la particularité rare de multiplier les rôles, à chaque fois avec énormément de brio. C'est à la fois un auteur très talentueux, un éditeur exceptionnel et un brillant théoricien.

Héritier à la fois des grands auteurs du journal de Spirou (Franquin, Morris, Tillieux en premier lieu), de Moebius et de Métal Hurlant, mais aussi des pionniers de l'autobiographie (Robert Crumb, Baudoin), il n'a cessé de leur rendre hommage dans ses œuvres, mais également dans ses écrits théoriques. Il a également édité, à l'Association notamment, certains d'entre eux (Tardi, Forest, Baudoin, etc.).

Parlons d'abord de l'auteur très talentueux. Pionnier de l'autobiographie en bande dessinée avec son Livret de Phamille, il a su mélanger ses multiples influences en un style original et aisément reconnaissable. Réfléchissant sans cesse à la meilleure adéquation de la forme et du fond, ses albums explorent constamment les possibilités de la bande dessine (jusqu'au récent Métamune Comix publié en 2014). Il a également introduit une certaine esthétique punk en bande dessinée avec Meder (ce qui fut intéressant à l'époque même si les suites ne furent pas toujours heureuses chez certains épigones).

Co-fondateur de l'Association (puis, plus récemment, fondateur de l'Apocalypse), il a réussi à en faire une des maisons d'édition les plus novatrices et les plus riches de la bande dessinée mondiale. Elle est à la pointe de l'innovation en publiant certains des auteurs contemporains les plus novateurs et les plus originaux (que ce soit les fondateurs, David B, Mattt Konture, Killofer, Trondheim, ou d'autres auteurs aux œuvres particulièrement originales comme Benoît Jacques avec L, Dominique Goblet et sa Chronographie ou Faire semblant c'est mentir, Aristophane et son Conte Démoniaque, Chris Ware, Emmanuel Guibert, Baudoin qui réserve ses albums les plus atypiques à l'Association, etc.) et a effectué en parallèle un remarquable travail de réédition d'œuvres majeures du patrimoine (Francis Masse, Jean-Claude Forest, Gébé, Baudoin encore, etc.).

C'est enfin un théoricien exceptionnel, dont les réflexions sur la bande dessinée et ses marges sont riches, originales et éclairantes. Son œuvre théorique (Plates-bandes, La Bande Dessinée et son Double, les trois numéros de l'Éprouvette, etc.) est d'autant plus éclairante qu'elle s'enrichit d'incessants allers-retours avec son œuvre d'auteur et son métier d'éditeur.

Cette future exposition est donc très riche en potentialités multiples. Il faudra attendre janvier pour voir ce que Jean-Christophe Menu nous proposera. Ce sera sûrement riche et probablement inattendu.

mercredi 4 février 2015

Festival d'Angoulême 2015

Le festival international de la bande dessinée d'Angoulême vient de s'achever.

Parlons tout d'abord de la récompense la plus prestigieuse, le grand prix du festival d'Angoulême, qui récompense un auteur pour l'ensemble de son œuvre. On se souvient peut-être que le mode d'élection de ce grand prix a évolué récemment (j'en parlai en 2013 et en 2014 déjà) : auparavant coopté par l'académie des grands prix, constituée de tous les lauréats des années précédentes, il est maintenant élu par l'ensemble des auteurs. Et cela change bien des choses. Pendant des années, les grands prix étaient choisis très majoritairement dans un cercle de dessinateurs français se connaissant relativement bien. L'année dernière, à l'issue d'un scrutin mixte (mélangeant vote des auteurs et de l'académie), deux prix furent attribués, dont un prix spécial du 40e anniversaire a Akira Toriyama, auteur de Dragon Ball. Cette année, seuls les auteurs votèrent. Les trois finalistes furent un scénariste britannique, Alan Moore, un Belge, Hermann, et un autre Japonais, Katsuhiro Ōtomo. Cela change des palmarès précédents, le grand prix n'ayant jamais été attribué à un scénariste ou un Japonais et très majoritairement à des Français.

Katsuhiro Ōtomo mérite clairement ce grand prix. Ses œuvres majeures en bande dessinée, Domu et surtout Akira, ont fortement marqué le monde de la bande dessinée, aussi bien au Japon qu'en Europe ou ailleurs. Son style hyper réaliste, la violence et la puissance de ses scènes d'action (des poursuites à moto aux destructions de quartiers entiers) sont extraordinaires. Il a très significativement contribué à faire apprécier les mangas en France et a beaucoup marqué certains auteurs francophones majeurs, de Frank Pé à Moebius (voici au moins un membre de l'Académie des grands prix qui aurait soutenu le choix de cette année...).

Quant aux Fauves... Le prix spécial du jury pour Building Stories, de Chris Ware, qui dominait largement le reste de la sélection, est bien entendu amplement mérité. Je ne lis plus depuis des années les livres de Riad Sattouf (avec une exception pour Pascal Brutal, sauvé d'une certaine manière par son humour excessif et son outrance délibérée) et n'ai donc pas d'opinion très arrêtée sur l'Arabe du futur, lauréat du Fauve d'or. Avec le Fauve de la série attribué à Last Man, pastiche français de manga, le jury récompense une série résolument populaire ; pourquoi pas ?

Il faut également relever le prix Charlie Hebdo de la liberté d'expression, attribué à Charb, Wolinski, Cabu, Tignous, Honoré, récemment assassinés...

Le palmarès complet est disponible ici.

vendredi 7 novembre 2014

Bill Watterson, l'auteur de Calvin et Hobbes, revient à la bande dessinée pour dessiner l'affiche du festival d'Angoulême

Bill Watterson peut être considérée comme une légende dans le monde de la bande dessinée. Il débarque compètement inconnu dans le monde des strips quotidiens en 1985 avec Calvin et Hobbes. Cette série va très vite s'imposer comme un des strips les plus populaires aux États-Unis et dans le monde. Malgré cette popularité sans cesse croissante et les nombreuses sollicitations, Bill Watterson refusera toujours tout merchandising : Calvin et Hobbes ne seront repris sur aucun T-shirt, aucun bol, aucun paquet de céréale. Cela faisait déjà de cet auteur quelqu'un d'inhabituel. Puis, au bout de 10 ans, en 1995, au faîte de sa gloire, il dessine d'arrêter Calvin et Hobbes et même la bande dessinée. En grande partie par peur de se répéter (il est efectivement très difficile de se renouveler sans cesse au bout de dix ans de strips quotidiens, accompagnés des planches dominicales hebdomadaires). Avant lui, Quino avait également arrête Mafalda au bout de 10 ans ; mais lui n'avait pas mis fin à sa carrière.

Depuis 1995, Bill Watterson s'était donc complètement retiré du monde de la bande dessinée, pour se consacrer notamment au vélo et à la peinture... Il avait bien dessiné quelques personnages dans le strip d'un ami il y a quelques mois. Mais en 20 ans, c'est bien peu. Et, en 2014, il fut élu Grand Prix de la ville d'Angoulême. À ce titre, il était invité à dessiner l'affiche du festival d'Angulême 2015 et à présider cette édition du Festival. Il ne viendra probablement pas en France pour endosser ses habits de président mais il a réalisé l'affiche et nous offre ainsi sa première planche de bande dessinée depuis l'arrêt de Calvin et Hobbes, il y a presque 20 ans ! Il suffisait d'être patient...

Reste maintenant la question suivante : cette planche, à mon sens très réussie, est-elle un cas isolé ou marque-t-elle un retour de ce grand auteur à la bande dessinée ?

jeudi 16 janvier 2014

Élection du grand prix de la ville d'Angoulême : encore du rififi

C'est la saison d'Angoulême. Une fois de plus, le mode d'élection du Grand Prix de la ville d'Angoulême change ; une fois de plus ce changement fait couler beaucoup de salive et d'encre (virtuelle surtout). Comment cela fonctionne-t-il cette année ? Je ne vais pas entrer dans les détails mais en gros il a deux collèges d'électeurs (l'académie des grands prix, c'est-à-dire tous les anciens lauréats du grand prix, d'une part, l'ensemble des auteurs de bande dessinée publiés en France d'autre part) ; une liste d'auteurs éligibles prédéfinie par un groupe d'organisateurs ; une élection à deux tours avec pondération des voix des deux collèges... Certes, cela fait un peu usine à gaz, mais est-ce très important ?

Ce qui est important, si ce grand prix veut rester (ou devenir) une récompense de référence en France, ainsi que dans le monde, c'est que les futurs auteurs récompensés le méritent vraiment et que leur valeur soit reconnue au-delà d'un microcosme français et qu'elle soit durable (par opposition aux effets de mode comme cela à pu être le cas de Lauzier par exemple).

Or si pendant environ la première décennie du festival les auteurs récompensés par le grand prix remplissaient globalement ces conditions (auteurs de plusieurs nationalités, reconnus en France et à l'international : Franquin, Jijé, Eisner, Moebius, Reiser, Fred, Forest, Tardi, Bilall, Druillet, Pratt...), cela a commencé à se gâter à la fin des années 1980. De plus en plus de grands prix, bien que talentueux, ne pouvaient pas du tout prétendre à une quelconque aura au niveau international. Il s'agissait d'auteurs français d'un certain talent, ayant travaillé pour quelques éditeurs ou revues au sein desquels ils s'étaient connus. L'élection fondée sur la valeur de l'œuvre était devenue cooptation d'auteurs qui se connaissaient, voire copinage diront les mauvaises langues... Des auteurs comme Jacques Lob, Martin Veyron, René Petillon, Jean-Claude Denis, Baru, François Schuiten, Zep, par exemple, sont très talentueux et j'apprécie beaucoup leur œuvre mais ils ne peuvent pas, à mon avis, être considérés parmi les meilleurs actuels de la bande dessinée mondiale, ni en termes de valeur artistique, ni en termes d'influence (et je ne parle pas des auteurs dont j'apprécie moins les œuvres et qui me semblent d'une importance secondaire, même dans l'aire francophone, comme Florence Cestac, Régis Loisel ou François Boucq ; et il y eut même Georges Wolinski, dont je n'ai toujours pas compris l'apport à la bande dessinée excepté le fait qu'il a copié la grande revue italienne de bande dessinée, Linus, pour faire le Charlie français).

Certes il y eut encore des grands prix tout à fait pertinents : Art Spiegelman, Robert Crumb, José Munoz, Nikita Mandryka, etc. Mais c'est devenu l'exception plus que la norme.

Il me semble donc sensé, voire nécessaire, de réformer le mode d'élection des grands prix afin que les futurs lauréats donnent une image plus moderne et plus internationale de la richesse de la bande dessinée.

Et ce qui sera retenu de cette élection, ce ne sont pas les querelles qui animent le microcosme de la bande dessinée franco-française (15 grands prix viennent d'annoncer que, pour protester contre ce nouveau mode de scrutin, ils ne voteraient pas cette année), mais la légitimité des futurs lauréats. Messieurs les votants, à vous de jouer...

mercredi 6 février 2013

Palmarès du festival d'Angoulême

Comme chaque année, le palmarès du festival d'Angoulême a fait couler beaucoup d'encre (virtuelle ou non) dans les milieux spécialisés (les médias traditionnels se contentant, comme chaque année, d'un service minimum en termes de couverture du festival). Mais, cette fois, plus que le palmarès en lui-même, ce fut le mode de désignation du Grand Prix qui fut abondamment critiqué. Comme je l'écrivais récemment, le mode de désignation a changé en 2013 : le Grand Prix de la ville d'Angoulême n'était plus élu uniquement par l'Académie des anciens Grands Prix mais désigné en trois étapes : sélection de 15 noms par l'équipe du Festival (en gros, les noms qui étaient les plus souvent nommés par l'Académie des Grands Prix les années précédentes, plus quelques femmes et étrangers pour satisfaire aux exigences modernes de diversité) ; élection de cinq finalistes par les auteurs présents au Festival ; sélection finale par l'Académie des Grands Prix. Malheureusement, ce nouveau mode d'élection fut mal et tardivement communiqué, insuffisamment compris par les électeurs potentiels...

Résultat des courses : le nombre d'auteurs participant à l'élection fut faible ; cela aboutit à une liste de cinq noms prestigieux (Chris Ware, Alan Moore, Willem, Akira Toriyama, auteur de Dr. Slump et de Dragon Ball, et Katsuhiro Otomo, auteur d' Akira) ; quatre de ces auteurs était à peu près inconnus de la majorité des anciens Grands Prix, qui élurent donc le seul qu'ils connaissaient bien, Willem. Voyant cela, un prix spécial du quarantenaire du festival fut créé in extremis pour être attribué à l'auteur qui état en tête du vote des auteurs : Akira Toriyama. Un beau micmac...

Ce micmac a-t-il néanmoins conduit à de bons choix ? J'ai un peu du mal à prendre clairement position. Il est bien entendu pour moi que Chris Ware méritait amplement d'avoir le Grand Prix ; c'est réellement un des plus grands auteurs contemporains. Alan Moore a révolutionné les comics mainstream dans les années 1980 et a une influence profonde et durable sur l'ensemble de la bande dessinée mondiale. Il eut donc fait un excellent Grand Prix également.

Je ne connais pas très bien l’œuvre de Willem : je lis régulièrement ses dessins dans la presse, je possède plusieurs de ses albums (dont le 30 x 40 de Futuropolis) ; il a été édité par certains des meilleurs éditeurs français (le premier Futuropolis, Cornélius). Mais je dois avouer que je ne suis pas très sensible à son talent. Peut-être est-il trop trash, trop abrupt, dans son propos comme dans son dessin, pour moi...

Quant à Akira Toriyama, je dois bien admettre que je n'ai rien lu de lui ; c'est d'ailleurs une des premières fois qu'un auteur dont je n'ai rien lu est élu Grand Prix d'Angoulême. Je vais donc probablement me plonger dans Dr. Slump et Dragon Ball pour me faire une idée...

Voici maintenant l'ensemble du palmarès (qui ne récompense qu'un nombre limité d'albums, ce qui est plutôt bien, les palmarès à rallonge étant peu lisibles) : - Grand Prix d’Angoulême : Willem ;
- Fauve d’or du Meilleur album : Quai d’Orsay Chroniques diplomatiques. Tome 2 (Dargaud) de Christophe Blain et Abel Lanzac ;
- Prix spécial du 40e Festival pour l’ensemble de son œuvre : Akira Toriyama ;
- Prix spécial du jury : Le Nao de Brown (Akileos) de Glyn Dillon ;
- Prix de la Série : Aama. Tome 2. La multitude invisible (Gallimard) de Frederik Peeters ;
- Prix Révélation : Automne (Nobrow) de Jon McNaught ;
- Prix du Patrimoine : Krazy Kat. 1925-1929 (Les Rêveurs) de George Herriman ;
- Prix du Public Cultura : Tu mourras moins bête (Ankama) de Marion Montaigne ;
- Fauve du Polar SNCF : Castilla Drive (Actes Sud/L’An 2) d’Anthony Pastor ;
- Fauve Jeunesse : Les Légendaires Origines. Tome 1 (Delcourt) de Sobral et Nadou.

Je ne peux qu'approuver le choix de Quai d'Orsay, dont j'ai écrit beaucoup de bien. Les Rêveurs sont très justement récompensés pour avoir rendu accessible au public francophone ce fantastique chef-d’œuvre qu'est Krazy Kat. Le premier volume d'Aama m'avait plu mais j'ai été déçu par le deuxième : Peeters développe les idées exposées dans le premier mais sans apporter grand chose de nouveau.

jeudi 10 janvier 2013

Rififi à Angoulême : Nouveau mode d'élection du Grand Prix

De même que l'élection du Prix Nobel dans le monde de la littérature, l'attribution annuelle du grand Pirx d'Angoulême à un auteur de bande dessinée fait chaque année l'objet de débats animés : "il est trop élitiste", "il est trop populaire", "pourquoi est-ce presque toujours un Français ?", "à quand l'élection d'un scénariste ?"... C'est d'ailleurs un sujet que je me suis également amusé à aborder à plsuieurs reprises ("Les futurs grands prix d'Angoulême, vus de l'autre côté de l'Atlantique", "Jean-Claude Denis grand prix d'Angoulême", "Pronostics pour le Grand prix d'Angoulême 2010").

Les années précédentes, l'académie des Grands Prix (c'est-à-dire les auteurs ayant reçu le Grand Prix depuis la création du Festival en 1974) se réunissait pour élire le nouveau Grand Prix. Ce mécanisme de cooptation a pu soulevé quelques critiques : les auteurs étaient parfois soupçonnés de copinage et certains cercles d'auteurs se connaissant bien étaient plutôt bien représentés ; certains auteurs, déjà âgés, étaient réputés mal connaître certaines nouvelles tendances de la bande dessinée mondiale, en particulier l'émergence du manga.

Il vient d'être annoncé que le mode d'élection changeait cette année, pour le 40e Festival. 16 auteurs ont été pré-sélectionnés (par qui ? sur quelle base ? je ne sais pas). Ce seront aux auteurs présents lors du festival de faire leur choix parmi ces 16 auteurs. Pourquoi pas. Il faudra voir comment cela se passe les prochaines années : est-ce qu'un auteur restera dans cette liste de pré-sélection jusqu'à ce qu'il soit élu (ou qu'il meure...) ?

Que dire de cette pré-sélection ? Pas grand chose, en fait. Elle semble fondée sur une approche très consensuelle, après prise en compte des critiques adressées à l'élection des Grands Prix des années précédentes : elle ne contient pas uniquement des dessinateurs mais aussi des scénaristes (Pierre Christin, Jean Van Hamme, Alan Moore). Elle est internationale avec des anglophones (Posy Simmonds, Alan Moore, Chris Ware), des Japonais (Katsuhiro Otomo, l'auteur d'Akira, Akira Toriyama, celui de Dragon Ball Z, et Jirô Taniguchi) ansi que Cosey (suisse), Willem (néerlandais), Marjane Satrapi (iranienne ou franco-iranienne), Lorenzo Mattoti (Italien). Il y a des jeunes et des moins jeunes (notamment Hermann, cité depuis des années comme Grand Prix potentiel), des auteurs plus ou moins grand public (cela reste néanmoins très consensuel et tous les auteurs sélectionnés ont connu un certain succès public), etc.

Reste maintenant à voir qui sera le Grand Prix finalement élu. Si cela pouvait être Chris Ware, cela serait parfait...

lundi 19 mars 2012

Les futurs grands prix d'Angoulême, vus de l'autre côté de l'Atlantique

L'élection du grand prix de la ville d'Angoulême est, chaque année, un événement attendu dans le monde de la bande dessinée, y compris de l'autre côté de l'Atlantique. Cette année, peu après le festival d'Angoulême, le webzine The Comics Reporter a eu la bonne idée de demander à une quinzaine de spécialistes (enfin, je suppose que ce sont des spécialistes, la plupart des noms m'étant inconnus) de "nommer cinq auteurs de bande dessiné qu'ils aimeraient voir recevoir le Grand prix à Angoulême dans les quinze prochaines années". Sans avoir la prétention d'être représentatif de quoi que ce soit, ce sondage donne cependant une petite idée des auteurs que des Américains considèrent comme dignes d'être récompensés par ce prix prestigieux. Cela change un peu des pronostics franco-français qui fleurissent tous les années à longueur de blogs (je dois d'ailleurs avouer que je me suis plié à l'exercice il y a deux ans), de forums et de revues spécialisés.

Je dois avouer que certains résultats m'ont étonné. Bien entendu, le poids des auteurs américains, mais aussi japonais, est nettement plus important que lorsque les pronostics sont effectuées chez nous. Mais, alors que j'imaginais que Chris Ware et Alan Moore feraient partie du peloton de tête, le premier n'a été cité qu'une seule fois, le second trois fois (contre sept pour les deux auteurs les plus souvent nommés). Et Dan Clowes, par exemple n'a pas été nommé une seule fois.

Les deux auteurs les plus souvent cités (sept fois chacun) sont Jason et Chester Brown... Jason n'est pas américain mais européen. Pourtant il est rarement cité en France parmi les favoris pour le Grand prix. Son style minimaliste (tant par l'apparente simplicité du graphisme que par le laconisme du texte, voire l'absence totale de celui-ci) semble donc séduire particulièrement chez nos amis anglophones. Quant à Chester Brown (Le Playboy, Je ne t'ai jamais aimé, etc.), son style autobiographique, d'une grande sensibilité, tout en retenue et en émotion, est effectivement perçu comme une influence majeure en Amérique du Nord.

Viennent ensuite, avec trois citations chacun, Alan Moore et Eddie Campbell. Le premier, par l'influence qu'eurent nombre de ses scénarios magistraux, mériterait en effet amplement le Grand prix. Je connais moins le second. Pour tout dire, jusqu'à il y a quelques jours, je ne le connaissais que comme dessinateur de From Hell. Dans les pays anglophones, il a une excellente réputation, acquise avec son comics autobiographique Alec. J'ai récemment lu Alec, comment devenir un artiste, que j'ai beaucoup apprécié.

Avec deux citations, on trouve trois Japonais, Yoshihiro Tatsumi, Taiyo Matsumoto et Yuichi Yokoyama, un Italien, Vittorio Giardino, et quelques anglo-saxons, Seth, Brian Talbot, Gilbert Hernandez (son frère, Jaime Hernandez, étant nommé une fois), Linda Barry et Dave Sim. Yoshihiro Tatsumi commence à être reconnu des deux côtés de l'Atlantique, avec ses histoires courtes désabusées et son autobiographie, Une Vie dans les marges. Taiyo Matsumoto (Amer Béton, Ping Pong, Number 5 et, plus récemment, Le Samouraï Bambou) est un dessinateur exceptionnel et très original mais ses scénarios sont rarement à la hauteur de son immense talent. Vittorio Giardino est un très bon dessinateur "ligne claire", bien édité en France mais ses scénarios ne m'ont jamais enthousiasmé. Seth, son trait élégant, ses histoires mélancoliques, ont beaucoup d'amateurs. Brian Talbot ne m'a jamais attiré (je n'ai pas spécialement apprécié son dessin dans les histoires de Sandman qu'il a illustrées) mais il jouit plutôt d'une bonne réputation, notamment grâce à son Histoire d'un vilain rat. Le talent de Dave Sim, auteur du monumental Cerebus (300 épisodes, répartis ensuite en "romans"), est controversé ; il a ses détracteurs et ses farouches partisans. Personnellement je n'ia jamais eu le courage de me lancer dans la lecture de Cerebus : le dessin et les mises en page, très (trop ?) travaillées, m'ont toujours rebuté. J'ai déjà écrit maintes fois tout le bien que je pensais des frères Hernandez et de leur génial Love and Rockets. Enfin, je ne connais ni Yuichi Yokoyama, ni Linda Barry.

Puis viennent tous ceux qui n'ont été cités qu'une fois. Pour certains d'entre eux, je m'attendais à plus de citations : Joost Swarte (son œuvre est quantitativement limitée, quelques albums, mais son influence considérable, notamment sur Yves Chaland et Chris Ware), Chris Ware (probablement l'un des cinq auteurs vivants les plus importants), Bill Waterson (son exigence artistique, son humour tendre et délirant, son dessin très sûr lui auraient en effet fait mériter le Grand prix). Quelques auteurs francophones, issus pour la plupart de ce qui fut parfois appelé la "nouvelle génération" : David B, Emmanuel Guibert, Christophe Blain et Riad Sattouf ; ansi que Serge Le Tendre (nommé peut-être pour la Quête de l'oiseau du temps ?). Deux dessinateurs exceptionnels, ni francophones, ni anglophones : Carlos Nine et Lorenzo Mattotti. Quelques auteurs aux œuvres notables sans être exceptionnelles : Posy Simmonds (son mélange de dessins et de textes est souvent intéressant), Jordi Bernet (excellent dessinateur, virtuose du noir et blanc), Naoki Urasawa (bon feuilletoniste). Quelques auteurs réputés que je connais assez mal : Jim Woodring (un album de sa série Frank vient d'être récompensé à Angoulême), Ben Katchor, Carlos Gimenéz. Trois auteurs à mon avis surcotés et que je ne considère pas du tout comme pertinents pour le Grand prix : Jill Thompson, Igort, Alejandro Jodorowsky. Quelques auteurs que je ne connais que par quelques dessins mais qui ne m'attirent pas spécialement : Alison Bechdel, Sergio Aragones, Darwyn Cooke, Stan Sakai, Walt Simonson. Kevin O'Neill, dont la prestation sur La Ligue des gentlemen extraordinaires ne m'a pas déplu mais ne m'a pas pleinement convaincu non plus. Enfin, une série d'auteurs que je ne connais pas du tout : Baku Yumemakura, Naif Al-Mutawa, Moto Hagio, Lat, Woodrow Phoenix, Pat Mills, Monkey Punch, Alex Nino, CF, Atsushi Kanedo, Tom Kaczinski.

De nombreuses idées pour les jurés du Grand prix s'ils souhaitent sortir du milieu franco-français...

mercredi 1 février 2012

Rapide bilan du festival d'Angoulême

Quelques mots rapides de bilan sur le festival d'Angoulême, tout en reconnaissant que je n'y suis pas allé cette année.

J'ai déjà parlé du grand prix, attribué à Jean-Claude Denis.

Parmi les expositions, il semble que trois d'entre elles soient sorties du lot : les deux consacrées à Art Spiegelman, président du festival, et celle autour de Fred, notamment à l'occasion de la ressortie du Petit Cirque. Le Festival et la Cité de la bande dessinée, souvent en désaccord, avaient donc tous les deux consacré une exposition au héros du jour : une importante rétrospective sur l’œuvre de l'auteur de Maus (qui, je crois, sera prochainement visible au Centre Pompidou), d'une part, une histoire de la bande dessinée vue par Spiegelman d'autre part. Il paraît que ces deux expositions étaient remarquables.

Quant au palmarès, il me semble tout à fait honorable mais ne m'a pas vraiment enthousiasmé. Mais je n'en ai pas lu tous les titres et il faut bien avouer que l'année 2011 n'a pas été l'année la plus riche qui soit en chefs-d’œuvre. Si je devais citer mes livres préférés en 2011, je pense que je parlerais du fantastique Love and Rockets: New Stories (4), non pris en compte car publié en anglais, de Kamui-Den, de Tu ne mourras pas et de La Bande Dessinée et son Double. Aucun d'entre eux n'était sélectionné. Kamui Den, qui avait pourtant reçu d'excellentes critiques n'a pas été retenu dans la sélection "Patrimoine". Tu ne mourras pas était beaucoup trop politiquement incorrect pour être sélectionné. Et il n'existe pas de catégorie couronnant les ouvrages sur la bande dessinée ; dommage pour La Bande Dessinée et son Double qui aurait presque mérité la création d'une nouvelle catégorie ad hoc... Quoi qu'il en soit, le choix des Chroniques de Jérusalem pour le fauve d'or du meilleur album est tout à fait sensé.

On peut noter en passant la publication d'un très intéressant bilan du festival sur le blog du Comics Journal.

dimanche 29 janvier 2012

Jean-Claude Denis grand prix d'Angoulême

La nouvelle vient de tomber : Jean-Claude Denis vient d'être récompensé du très convoité grand prix de la ville d'Angoulême, succédant ainsi à Art Spiegelman.

J'ai toujours apprécié cet auteur. Très fin, il dépeint depuis les années 1970 des personnages attachants, leur fait vivre des aventures riches et nuancées, écrit des dialogues subtils. Son dessin, souvent sensuel, toujours juste, est rehaussé de couleurs lumineuses. Je dois avouer que je n'ai pas lu d'album de lui depuis Quelques mois à l'Amélie ; cet album, comme les précédents, m’avait beaucoup plu.

Mais lui donner le grand prix d'Angoulême ? Certes, il était un des rares d'une certaine école française des années 1970-1980, avec Jacques Lob, Martin Veyron, François Boucq, Florence Cestac, René Pétillon, Gérard Lauzier, Max Cabanes, à cheval entre la fin de Pilote et les débuts d'À Suivre, à n'avoir pas encore été récompensé. Mais justement, cela ressemble plus à une cooptation d'anciens camarades qu'à une récompense attribuée aux auteurs les plus doués au niveau international. Jean-Claude Denis est très doué et l'on a déjà vu des grands prix d'Angoulême moins mérités, certes, mais que représente son talent et son apport à la bande dessinée par rapport à ceux de Chris Ware, d'Edmond Baudoin, voire de Jiro Taniguchi ou de Jaime Hernandez ?

lundi 1 février 2010

Angoulême 2010, premier bilan

Le festival d'Angoulême vient de s'achever... Qu'en dire ?


J'ai pu y passer quelques heures.


J'ai notamment pu profiter de l'excellente exposition Fabrice Neaud : dans un très bel hôtel Renaissance, l'hôtel Saint-Simon, celui-ci nous a fait profiter d'aspects divers de son œuvre : quelques acryliques sur toile, des photographies de cathédrales, des objets lui ayant servi de base pour son récit Émile et de nombreuses planches, pour une grande part inédites... Dépassant l'étiquette purement autobiographique souvent attachée à son œuvre, Fabrice Neaud a notamment insisté sur les aspects politiques de son œuvre et présenté pour la première fois quelques pages d'un récit de pure fiction, auquel il travaille actuellement. J'y reviendrai dans quelques jours avec un compte rendu plus complet de cette exposition.

J'ai également apprécié l'exposition de Blutch. Celui-ci avait quasiment exclu toute planche de cette exposition, ne montrant que des illustrations isolées. Cela permettait de mettre en valeur son talent exceptionnel de dessinateur.



Côté récompenses, le palmarès m'a semblé plutôt satisfaisant. L'attribution du grand prix de la ville à Baru me paraît tout à fait méritée (je le mettais d'ailleurs en tête de mes pronostics "réalistes" quelques jours avant le début du festival). Hors des modes et des courants, il a su mettre son beau dessin, très expressif et tout en mouvement, et son sens du récit, à la mise en scène souvent inspirée de celle du cinéma, au service de récits très humanistes, s'attachant à décrire les marges de nos sociétés. Il a participé aux grandes aventures de Futuropolis et de À Suivre.

Quant au prix du meilleur album, il a récompensé avec le troisième tome de Pascal Brutal, une description bien plus fine qu'il n'y paraît au premier abord de certaines caractéristiques de notre monde moderne, de la figure du mâle dominant à l'avenir de nos banlieues (on peut peut-être regretter qu'il ait fallu attendre le troisième tome de cette série, probablement pas le meilleur, pour qu'elle soit récompensée, mais je pinaille...).

jeudi 28 janvier 2010

Festival d'Angoulême

L'édition 2010 du festival international de la bande dessinée d'Angoulême débute demain et dure jusqu'à dimanche. Le Grand prix devrait être annoncé le dernier jour...
J'y vais demain et essaierai de vous en rapporter quelques photographies, notamment des aperçus de l'exposition consacrée à Fabrice Neaud...

mardi 19 janvier 2010

Pronostics pour le Grand prix d'Angoulême 2010

Arrive la saison du festival d'Angoulême : les magazines sortent leur hors-série annuel sur la bande dessinée, les collectionnent préparent leur chasse aux dédicaces et les internautes se livrent au jeu des pronostics. Comme beaucoup d'autres à cette époque, je vais me livrer ici à cet exercice un peu stérile...

Première série de pronostics : Quels sont les auteurs qui, à mon humble avis, méritent pleinement le Grand prix ?
  • Edmond Baudoin, bien évidemment : un des auteurs qui ont lancé l'autobiographie dans la bande dessinée francophone, il est également un de ceux qui continue à aller le plus loin dans ce domaine. Dessinateur exceptionnel et particulièrement innovant, il a renouvelé la forme de ses récit pour la plier à ses récits sensibles et profonds.
  • Jean-Christophe Menu : en plus d'être un très grand auteur (mais peu prolifique), c'est un des éditeurs les plus importants de ces 20 dernières années et un théoricien de premier ordre.
  • Fabrice Neaud. Encore moins prolifique que le précédent (son oeuvre de premier plan la plus récente date de 2002). Mais son Journal est probablement l'oeuvre francophone la plus marquante des 15 dernières années.
  • Si l'on souhaite être international, Chris Ware serait un très bon choix. Son Jimmy Corrigan est un chef-d'oeuvre comme il en paraît très peu et dans les derniers volumes de ses Acme Novelty Library, il continue à montrer de nouvelles facettes de son talent.

Deuxième série de pronostics : Quels sont les auteurs qui ont le plus de chance d'obtenir le Grand prix ?
  • Baru ferait un bon choix. Excellent dessinateur au style très personnel. Très humaniste dans ses récits.
  • Emmanuel Guibert. Marqué "nouvelle bande dessinée" mais au dessin très classique. Son Photographe est très dans l'air du temps, oeuvre phare de la bande dessinée reportage et en prise avec l'actualité (l'Afghanistan et l'humanitaire).
  • Taniguchi. Encensé par la critique depuis des années, il aurait l'avantage d'offrir pour la première fois (sauf erreur de ma part) le Grand prix à un mangaka.
  • Marjane Satrapi ? Une femme, iranienne, qui raconte sa vie et qui fait du cinéma... Le Grand prix idéal pour les journalistes.
  • Larcenet est parfois cité... Il est peut-etre "trop" beaucoup de chose : Trop poulaire pour certains, mais trop marqué "nouvelle bande dessinée" pour d'autres ; trop intimiste pour certains, trop simpliste pour d'autres... bref trop intermédiaire entre une bande dessinée populaire et un style plus élitiste. Il a pour lui d'avoir récemment publié Blast, très bien reçu par la critique.
  • David B ? Son Ascension du haut mal est une oeuvre d'une force exceptionnelle.
  • Hermann ? Eternel cité, il repart bredouille à chaque fois...
Rendez-vous dans quelques jours...