mardi 11 novembre 2014

The Last Saturday, de Chris Ware, en prépublication dans The Guardian (2014)

Chris Ware publie actuellement dans The Guardian sa dernière bande dessinée, intitulée The Last Saturday, à raison de deux pages par semaine. C'est disponible en ligne ici.

Il s'agit cette fois d'une histoire narrée à hauteur d'enfants, de façon encore plus nette que ce qu'il a pu faire dans le passé (ses récits impliquant des enfants effectuaient généralement plus de va-et-vient entre le point de vue des adultes et celui des enfants).

À découvrir, comme tous les récits de ce grand auteur.

vendredi 7 novembre 2014

Bill Watterson, l'auteur de Calvin et Hobbes, revient à la bande dessinée pour dessiner l'affiche du festival d'Angoulême

Bill Watterson peut être considérée comme une légende dans le monde de la bande dessinée. Il débarque compètement inconnu dans le monde des strips quotidiens en 1985 avec Calvin et Hobbes. Cette série va très vite s'imposer comme un des strips les plus populaires aux États-Unis et dans le monde. Malgré cette popularité sans cesse croissante et les nombreuses sollicitations, Bill Watterson refusera toujours tout merchandising : Calvin et Hobbes ne seront repris sur aucun T-shirt, aucun bol, aucun paquet de céréale. Cela faisait déjà de cet auteur quelqu'un d'inhabituel. Puis, au bout de 10 ans, en 1995, au faîte de sa gloire, il dessine d'arrêter Calvin et Hobbes et même la bande dessinée. En grande partie par peur de se répéter (il est efectivement très difficile de se renouveler sans cesse au bout de dix ans de strips quotidiens, accompagnés des planches dominicales hebdomadaires). Avant lui, Quino avait également arrête Mafalda au bout de 10 ans ; mais lui n'avait pas mis fin à sa carrière.

Depuis 1995, Bill Watterson s'était donc complètement retiré du monde de la bande dessinée, pour se consacrer notamment au vélo et à la peinture... Il avait bien dessiné quelques personnages dans le strip d'un ami il y a quelques mois. Mais en 20 ans, c'est bien peu. Et, en 2014, il fut élu Grand Prix de la ville d'Angoulême. À ce titre, il était invité à dessiner l'affiche du festival d'Angulême 2015 et à présider cette édition du Festival. Il ne viendra probablement pas en France pour endosser ses habits de président mais il a réalisé l'affiche et nous offre ainsi sa première planche de bande dessinée depuis l'arrêt de Calvin et Hobbes, il y a presque 20 ans ! Il suffisait d'être patient...

Reste maintenant la question suivante : cette planche, à mon sens très réussie, est-elle un cas isolé ou marque-t-elle un retour de ce grand auteur à la bande dessinée ?

dimanche 2 novembre 2014

Building Stories, de Chris Ware, en version française (2014)

Deux ans après la publication de ce chef-d’œuvre de Chris Ware en anglais, Building Stories est enfin publié en français. Il faut bien avouer que traduire intégralement un tel ouvrage nécessite forcément un temps certain. J'avais chroniqué cet objet (le terme de livre n'est pas totalement adéquat dans la mesure où il s'agit en fait d'un gigantesque coffret contenant 14 livres de format et de taille très différents les uns des autres) dans deux messages, à l'époque de sa sortie : ici et .

Avec deux ans de recul, je ne peux que confirmer ce que je pensais et écrivais à l'époque : Building Stories est une œuvre extraordinaire, d'une richesse et d'une beauté inouïes. Chris Ware invente des formes sans cesse renouvelées, tout en mettant cette invention constante au service de ses récits. Il nous offre des tranches de vie apparemment séparées mais en fait profondément interconnectées. En utilisant ainsi des formes éparses, il parvient à cerner de façon particulièrement fine les existences de plusieurs personnes traversant la société contemporain.

Je vais maintenant tricher et recopier ce que j'écrivais en 2012 : "Building Stories appartient à ces rares œuvres sommes qui repoussent les limites de la bande dessinée et qui, plus généralement encore, peuvent provoquer chez leurs lecteurs une réflexion profonde et subtile sur notre condition de vie dans la société actuelle. La lecture n'en est pas forcément aisée au début (c'est rarement facile de se plonger dans une œuvre si atypique ; en outre certains lecteurs auront probablement besoin de se munir d'une loupe pour lire certains passages) mais pour les lecteurs qui accepteront de plonger dans ce monument, il s'agira très certainement d'une lecture marquante." Pour plus de détails, n'hésitez pas (re)lire mes chroniques de 2012...

Universal War Two, tome 2, La Terre Promise, par Denis Bajram (2014)

Ces temps-ci, je laisse, à regret, ce blog un peu de côté. Résultat, je n'ai toujours rien écrit sur le deuxième tome d' Universal War Two alors que je l'ai acheté et dévoré avec plaisir le jour de sa sortie. Je termine seulement aujourd'hui cette chronique que j'avais commencée il y a maintenant plus d'un mois.

Voici donc La Terre Promise, deuxième tome d'Universal War Two, deuxième cycle du grand œuvre de Denis Bajram. Nous reprenons la situation catastrophique de la fin du tome 1 : des triangles incompréhensibles ont fait disparaître le soleil. Le peuple de Canaan, c'est-à-dire la civilisation éclairée, fondée par Kalish, héros du premier cycle, Universal War One, il y a plusieurs siècles, ont évacué en catastrophe le système solaire, laissant les habitants de celui-ci sans défense...

Comme le premier tome, ce second tome débute par quelques pages muettes mettant en scène une civilisation extraterrestre, probablement à l'origine des attaques contre le système solaire. Cela enchaîne ensuite avec des scènes de paix apparente à Canaan (apparentes car, très loin de Canaan, la situation du système solaire semble critique). Petit rappel, Canaan est la société "éclairée" que Kalish avait créée à la fin du premier cycle pour mettre fin à la première guerre universelle. Cette civilisation nous avait été dépeinte à la fin d' Universal War One comme un monde idéal, fondé sur les principes de paix et de raison légués par Kalish. Nous avions vu, dès le premier tome du deuxième cycle qui se déroulait sur Mars, Le Temps du désert, que la situation était plus complexe : les soldats de Canaan, malgré toute leur bonne volonté et leurs grands principes, étaient considérés par bien des habitants du système solaire comme une armée d'occupation. Le deuxième volume se déroule, comme son nom, La Terre Promise, le laissait supposer, sur Canaan même, planète aux confins de la galaxie où Kalish était venu avec ses fidèles à la fin (façon de parler, cet ordre étant celui du récit, pas celui de la chronologie historique) de la première guerre universelle. La civilisation rêvée par Kalish apparaît comme moins parfaite qu'espérée en son centre même... Les failles de cette société vont être particulièrement mises en lumière suite aux débuts de la deuxième guerre universelle : les extraterrestres ayant attaqué le système solaire dans le premier tome s'en prennent maintenant à Canaan...

Dans La Terre Promise, les enjeux se précisent, les caractères des personnages principaux s'affinent. L'affrontement entre Théa, la rebelle, et son cousin Vidon, le partisan de l'ordre établi, se poursuit. Un personnage inattendu, potentiel deus ex machina, fait son apparition à la fin du volume et la tension monte tout au long des pages.

Avec Universal War Two, Denis Bajram est confronté à un paradoxe (mais ce n'est pas le premier paradoxe, et il a l'air d'aimer ça...). Il offre à ses lecteurs une œuvre dans la lignée du premier cycle, dans des cadres qu'il a bien balisés : un cycle en six albums ; un découpage en chapitres rythmés par des extraits de La Bible de Canaan, très inspirée de celle que nous connaissons ; un récit aux enjeux universels (la survie du système solaire dans le premier cycle, de l'humanité entière dans le second) mais centré sur un petit nombre de personnages aux motivations clairement individualisées ; un mélange de très grand spectacle et de réflexions sur certaines des dérives de nos sociétés actuelles et accentuées dans les mondes futuristes qu'il dépeint ; des péripéties de science-fiction qui s'appuient sur les avancées les plus récentes de la science actuelle; une montée en puissance progressive, etc. Le lecteur est donc en terrain relativement connu. Mais en même temps, Denis Bajram met un point d'honneur à surprendre constamment son lecteur, ce qui a d'ailleurs fait une très grande partie du succès Universal War One. Il doit donc renouveler la surprise au sein d'un cadre relativement balisé...

Pour l'instant, le contrat est rempli : la lecture de cet album est captivante de bout en bout et donne très envie de découvrir la poursuite des aventures de Théa, Malik, Vidon et tous les autres !...

mercredi 29 octobre 2014

Nouvelles couvertures de Chris Ware pour le New Yorker

J'ai déjà attiré votre attention sur les superbes couvertures que Chris Ware, l'auteur de Jimmy Corrigan et Building Stories, notamment, dessine parfois pour le New Yorker, célèbre magazine américain (ici et ).

Le site du New Yorker vient d'en mettre certaines en ligne, dont quelques-unes que je n'avais jamais vues. Comme d'habitude, je suis émerveillé par l'art de Chris Ware : ses illustrations sont extrêmement esthétiques et chacune d'elle raconte des histoires riches et profondes ; elles dépeignent certains traits de notre époque de façon si subtile que je ne me lasse pas de les admirer.

dimanche 26 octobre 2014

L'intégrale du Copyright, de Jean-Claude Forest (1952-1953), enfin disponible

Le Copyright de Jean-Claude Forest est paru dans Vaillant du n° 388 (19 0ctobre 1952) au n°410 (22 mars 1953). C'était 10 ans avant les débuts de Barbarella dans les pages de V Magazine ; Jean-Claude Forest était encore presque un débutant, ayant fourni ses premiers travaux professionnels quelques trois ans auparavant. Ces planches, à ma connaissance jamais rééditées, étaient bien entendu introuvable depuis des décennies. Nikita Mandryka, qui a toujours dit avoir été fortement influencé par cet animal fabuleux et absurde lorsqu'il créa son non moins fabuleux et absurde Concombre Masqué ("Cette lecture a déterminé mon destin de dessinateur de petits mickeys pour la vie", écrit-il lui-même avec son habituel sens de la mesure), vient de mettre en ligne sur son site Internet l'intégrale des planches du Copyright ! Un très grand merci à lui ! C'est disponible ici. J'en profite d'ailleurs pour signaler que ce site Internet est extrêmement riche, Mandryka y mettant en ligne de très nombreuses de ses planches (malheureusement peu et mal rééditées par ailleurs).

Le Copyright est un animal fabuleux, qui peut notamment tirer tout ce qu'il veut de la poche qu'il a sur le ventre ; son mot préféré est "Varlop". Les neuf premières pages (intitulées Le Copyright) narrent ses aventures en Capsulie. Il y échappe sans cesse aux personnes cherchant à le capturer pour toucher une récompense, "le Bigleux" en tête... Les 14 demi-planches suivantes (intitulées Les Aventures du Copirit) changent complètement de registre : le Copyight se retrouve chez les Clapotis, une famille moyenne habitant un pavillon de banlieue. Bien entendu, il y fait régner un désordre certain.

Il s'agit certes d'une œuvre de jeunesse et il faudra encore quelques années pour que Jean-Claude Forest laisse éclore tout son talent, dans le dessin comme dans les textes. Ces aventures délirantes n'en sont pas moins très savoureuses et nous font découvrir avec plaisir les (presque) premiers pas d'un futur auteur de tout premier plan.

mercredi 1 octobre 2014

Elle, de Francis Masse (2014)

Affirmer que j'ai été entièrement convaincu par le dernier livre de Francis Masse, Elle, ne serait pas tout à fait exact. Mais il est tout à fait possible que ce soit dû à moi plutôt qu'à lui.

Elle est un livre particulièrement étrange (mais n'est-ce pas la norme avec les ouvrages de Francis Masse ?). Un prologue non dessiné donne le contexte en deux pages : un individu est accusé du meurtre d'une femme, "Elle". Il a été arrêté et est maintenant en prison. Fou amoureux d' "Elle", il l'attend.

Lorsque l'on découvre les pages de bande dessinée qui suivent, on s'aperçoit que les choses sont encore moins simples qu'il ne semble. L'album se compose de courtes saynètes en une page. Elles mettent en scène un homme dans une prison représentée par un simple fauteuil. Il discute tout seul ou avec son gardien, qu'il appelle "chef" et dont on ne voit que les yeux à travers une ouverture dans le fauteuil... Le langage utilisé est réduit à sa plus simple expression. Le vocabulaire est limité à un nombre de mots limités (elle, café, cigarette, sucre, etc.) ; les pronoms personnels et adjectifs possessifs sont réduits à "elle", "me" et "te" (voire "nous" pour agréger "me" et "elle", dans les grands moments d'optimisme). La prison se transforme en océan, en voir ferrée ou en volcan. Nous sommes dans le domaine de l'absurde. Ce n'est pas inhabituel chez Masse. Mais là où il nous avait habitué à une grande luxuriance (décors surchargés, textes très longs et élaborés, jusqu'au cas limite atteint dans On m'appelle l'avalanche), il nous livre ici un récit au minimalisme radical : simplicité des situations, du trait, du décor, du texte, du vocabulaire... L'expérience stylistique la plus proche que je puisse rapprocher de ce minimalisme expressif serait à chercher du côté du Nouveau Roman et de certaines œuvres de Marguerite Duras (voire de Nathalie Sarraute), notamment lorsque ses personnages étaient réduits à "elle" et "lui" et son vocabulaire simplifié à l'extrême.

L'humour est moins marquant qu'il a pu l'être dans le passé chez Masse. Mais ce n'est pas ici le plus important. Tout en restant dans le domaine de l'absurde, Masse introduit une dimension sentimentale beaucoup plus marquée que dans ses œuvres antérieures. Surtout, après 40 ans de carrière, il se renouvelle encore une fois significativement au point de vue formel, et nous livre un album qui ne ressemble véritablement à rien d'autre.