jeudi 19 novembre 2009

Edmond Baudoin, portrait de l'artiste en auteur de bande dessinée


« On ne me demande plus

« si j'aime toujours dessiner »
ou
« quels sont mes projets »,
ou même seulement
« comment je vais ».
Mais,
« combien je vends d'albums ? »
Je vis sûrement une époque fantastique,
mais j'ai dû rater une marche quelque part. »


« Dessiner la vie...
Le rêve impossible...
On ne peut que l'aimer... »

J'aime beaucoup ces deux citations d'Edmond Baudoin. La première de façon anecdotique, pour la façon dont cet immense auteur de bande dessinée, qui a toujours privilégié les chemins de traverse, décrit son isolement au sein du monde moderne. La seconde, plus sérieusement, parce qu'elle se situe au coeur du projet artistique de Baudoin : Dessiner la vie est en effet le rêve impossible qu'Edmond Baudoin poursuit néanmoins tout au long de ses albums.

Au milieu des années 1970, à 30 ans passés, Edmond Baudoin quitte son métier de comptable. Puisqu'il sait un peu dessiner, un peu écrire, il se lance dans la bande dessinée. Il connaît peu ce moyen d'expression et s'y lance plus ou moins en autodidacte. Cette méconnaissance du médium et son désir de dessiner la vie, dans ce qu'elle a à la fois de plus beau et de plus insaisissable le forcent à inventer de nouvelles façons d'exprimer ce qu'il souhaite. En quelques années, et tout particulièrement avec Un Rubis sur les lèvres (1986), Le Premier voyage (1987), Le Portrait (1990) et Couma Aco (1991), Baudoin explore des chemins de traverse alors inconnus et révolutionne la bande dessinée. Après une dizaine d'années de défrichement en solitaire chez Futuropolis dans les années 1980, il apparaît lors des deux décennies suivantes comme une des références majeures de nombreux auteurs voulant élargir le champ exploré par la bande dessinée, notamment en abordant le quotidien et l'autobiographie. Certains des auteurs phares de l'Association, maison d'édition qui accueille les albums de Baudoin après la disparition de Futuropolis, ou d'Ego comme X, entre autres, le reconnaissent comme une influence de premier plan.


Son rêve de dessiner la vie lui fait rechercher un trait vif et spontané plutôt que propre et appliqué. Il préfère se lancer dans un dessin sans approfondir le crayonné, quitte, si le résultat ne lui plaît pas, à le rejeter et à recommencer. Il y a du peintre chinois chez Baudoin, du calligraphe, dans son désir de mettre le plus d'expression, le plus de beauté et de vie dans le trait le plus simple.


On pourrait reprocher à son discours de n'être pas toujours original, parfois répétitif. Mais ce qu'il a d'unique est sa capacité à exprimer véritablement ce discours par ses récits dessinés. Ses dessins n'illustrent pas son discours mais font véritablement corps avec lui. Lorsqu'il évoque la question du Portrait dans l'album éponyme, ce n'est pas par des discours théoriques mais par l'exemple : cet album, peut-être son chef-d'oeuvre, ne fait qu'un avec le récit qu'il relate, celui du portrait de Carol que tente de peindre Michel.
De même, Vero illustre en image les interrogations de Baudoin sur la banlieue : que sont la liberté et la beauté sur des jeunes survivant dans les barres d'immeubles de glauques banlieues ?

Baudoin est un artiste en quête de l'autre, enfant de l'arrière-pays niçois à la rencontre des jeunes de banlieue parisienne (Véro, Les Yeux dans le mur), Français partant à la rencontre des Canadiens (Le Chemin de St-Jean, Le Chant des baleines, Les Essuie-glaces), des Égyptiens (L'Association en Égypte), des Chiliens (Araucaria) ou des Mexicains (Amatlan). Plusieurs de ses albums sont de véritables dialogues en bande dessinée. Dans Le Portrait, Les Yeux dans le mur, L'Arleri ou Amatlan, le co-auteur, souvent une femme, écrit certains des textes, pousse Baudoin dans ses retranchements. L'auteur n'est plus seul face à son oeuvre mais doit répondre à l'autre qui l'interroge.

mercredi 18 novembre 2009

Amadeus (1984), de Milos Forman


Je viens de revoir Amadeus, le film de Milos Forman consacré à Mozart.

La vie de Mozart y est interprétée avec beaucoup de liberté ; seuls se rattachent à la biographie 'officielle' du musicien la chronologie de ses oeuvres et les aspects les plus connus de sa vie (de son enfance de prodige à l'abandon de son cadavre dans la fosse commune). Avec ses personnages principaux aux caractères très librement imaginés, avec ses péripéties suivant la vie de Mozart de façon très lâche, avec les grandes libertés qu'il prend avec la véracité historique, ce film ne peut en aucun cas prétendre être une biographie rigoureuse du compositeur.

Non, mais c'est bien mieux que cela.


Il s'agit d'une fantastique plongée dans l'oeuvre musicale de Mozart. Autour d'une trame très largement romancée, pleine d'humour, tout dans ce film n'est que prétexte à faire (re)découvrir l'oeuvre de Mozart et à mettre en lumière son génie. De commentaires de l'oeuvre par un Salieri ébahi d'admiration et de jalousie en extraits magistraux des plus grands chefs d'oeuvre, d'épisodes montrant Mozart au travail ou luttant pour imposer ses vues artistiques, de moments d'incompréhension du public en scènes de triomphe du musicien, laissons-nous porter par la musique du « divin » Mozart...

jeudi 12 novembre 2009

René Girard et Alexis de Tocqueville


En lisant récemment L'Ancien Régime et la Révolution de Tocqueville, j'ai été frappé de voir à quel point cette lecture de la Révolution est éminemment girardienne par anticipation.

Il ne s'agit pas tellement de la possible interprétation de la mort de Louis XVI comme exécution d'une victime sacrificielle permettant de mettre fin à la violence de tous contre tous et de fonder une nouvelle société sur le cadavre du Roi. Cette interprétation peut sembler tellement évidente qu'elle n'est pas forcément intéressante.

En revanche les arguments de Tocqueville pour expliquer pourquoi la Révolution a eu lieu en France plutôt que dans un autre pays européen me semble passionnants. Reprenons en quelques mots l'analyse de Tocqueville (j'ai lu ce livre il y a quelque temps déjà, mon résumé sera donc assez approximatif) : L'apparition de la Révolution en France plutôt qu'ailleurs ne s'explique pas par le fait que les Français étaient plus opprimés ou souffraient davantage d'inégalités que les autres Européens ; bien au contraire l'apparition de la Révolution s'expliquerait par une égalité plus grande parmi les Français que parmi leurs voisins. Cette égalité plus grande les a fait désirer une égalité encore accrue et a fait naître les revendications concernant la fin des privilèges.
Il s'agit là, à mon sens, d'un cas exemplaire de passage d'une médiation externe à une médiation interne au sens de René Girard. Dans une société parfaitement hiérarchisée, comme l'était la France féodale et comme l'étaient encore en 1789 certains des pays voisins, la médiation entre des individus issus de classes sociales différentes est externe : un noble constitue pour les autres classes de la société un modèle purement externe, il ne peut en aucun cas devenir un rival ou un obstacle pour un membre du Tiers État. Celui-ci étant différent, par le sang, du membre de la noblesse, il peut calquer ses désirs sur ceux du noble mais ne peut en aucun cas imaginer s'égaler à celui-ci.
Cette différenciation s'est progressivement atténuée en France. La frange la plus privilégiée du Tiers État, la bourgeoisie, a acquis peu à peu une part importante de la richesse du pays, du pouvoir politique également ; elle a même pu acquérir des titres de noblesse en les achetant. Le noble était de moins en moins un modèle inatteignable, il pouvait devenir un rival, un obstacle (on peut en voir un exemple dans le Bourgeois gentilhomme, par exemple...). La médiation, de purement externe, devenait interne. On aboutit ainsi à une situation d'indifférenciation croissante, débouchant à la fin du XVIIIe siècle, dans un schéma typiquement girardien, sur une crise mimétique, une explosion de violence de tous contre tous, qui a débouché sur le sacrifice victimaire de la famille royale et sur la refondation de la société.

On peut noter un autre point : dans un mythe traditionnel, le meurtre fondateur est ritualisé et rappelé régulièrement pour renforcer la cohésion de la société. Ce type de scénario victimaire avait toutefois perdu beaucoup de sa superbe, plus de 17 siècles après la mort du Christ et la dénonciation totale de ces sacrifices victimaires. Le rite mis en place pour commémorer la Révolution ne fut donc pas la mort réelle du Roi, nous ne fêtons pas le 21 janvier 1792 ; ce fut la mort symbolique du Roi, représenté pour cela par un de ses attributs les plus haïs, son pouvoir discrétionnaire symbolisé par la Bastille et ses emprisonnements arbitraires.

À mon sens, on peut donc lire la Révolution française, après Tocqueville, comme une crise mimétique telle que les décrit René Girard. Mais une crise mimétique déjà partiellement démythifiée, dans laquelle ce n'est plus la mort réelle de la victime sacrificielle qui est mise en avant, mais sa mort symbolique.

Asterios Polyp (2009), ou l'ascèse élevée au rang des beaux arts


David Mazzucchelli n'est pas un auteur de comics très prolifique. Il est surtout connu pour quelques comics de superhéros sur scénarios de Frank Miller publiés dans les années 1980 (Daredevil puis Batman). Après Batman: Year One en 1987, il abandonne les superhéros et les comics mainstream pour se consacrer à des projets plus personnels : l'adaptation du City of Glass de Paul Auster en 1994 et quelques récits courts, regroupés en France par Cornélius en trois recueils (La Soif et La Géométrie de l'obsession en 1997, Big man en 1998). J'avais lu ces derniers livres avec un certain respect, de l'admiration pour leur grande exigence artistique, mais, avouons-le, sans enthousiasme particulier. C'était avant Asterios Polyp...


Durant l'été 2009, je tombe par hasard sur ce livre au titre énigmatique (dans l'excellente librairie parisienne Superhéros, que je ne saurai trop vous conseiller), publié par Pantheon, et j'en feuillette quelques pages. Ce fut immédiatement un réel choc et je ne tardai pas à l'acheter.

Je ne l'ai pas regretté : cet album est véritablement magistral.

Depuis Daredevil: Born again, David Mazzucchelli a tendance à évoluer vers un style de plus en plus épuré, limitant les effets de style au minimum strictement utile. Dans Asterios Polyp il ne cherche nullement à saturer la page, ni de couleurs, ni de traits, bien au contraire. Certes, alors que la plupart de ses travaux depuis qu'il a arrêté le mainstream étaient en noir en blanc, cet album est en couleurs ; mais l'usage de la couleur est parcimonieux : on en reste aux couleurs primaires, bleu, jaune et rouge. Le trait est le plus souvent très économe. Et, surtout, David Mazzucchelli utilise avec beaucoup d'art le blanc de la planche : ses mises en page sont très aérées, les cases ou les dessins sont parfois isolés au milieu de la surface vierge des pages.

David Mazzucchelli simplifie ses moyens de façon radicale. Nul effet gratuit chez lui. Il revient aux aspects les plus basiques de la bande dessinée : le blanc de la page et la position des dessins sur cette surface vierge, un trait épuré, trois couleurs posées en aplats. Et de ces moyens extrêmement simples, il tire le maximum d'effets, à la fois au niveau esthétiques qu'au niveau de l'efficacité de la narration.

Lorsque je l'avais feuilleté pour la première fois, c'est surtout l'aspect esthétique qui m'avait marqué : ces traits épars, ces couleurs rares dégagent une beauté plus familière des amateurs de design contemporain que de des fans de bande dessinée mainstream.

En lisant attentivement cet album j'ai pu en outre apprécié à quel point ces moyens étaient également magistralement mis au service de la narration. Chaque couleur représente soit un personnage, soit une époque du récit. La différence de tempérament des deux personnages principaux (un couple) est représentée visuellement par des jeux de formes et de couleurs : le monde de la femme, introvertie, sculpteur attentive au contact sensible avec la matière, est tout en rondeur et rouge ; celui de l'homme, sûr de lui, architecte cartésien, est bleue et tout en angle. Complètement opposées lorsque ces deux personnages sont en désaccord, ces visions fusionnent plus ou moins lorsqu'ils sont en phase. A partir d'une grammaire narrative très simple, David Mazzucchelli explore toute une série de nuances, mises au service d'un récit riche et d'une grande sensibilité.

Enfin, à la manière d'un Chris Ware par exemple, David Mazzucchelli a parfaitement soigné le design de ce livre, si bien que celui-ci en tant qu'objet est parfaitement adapté au contenant (format, couverture, jaquette...).

Bref, un livre exceptionnel, que je ne saurai trop vous conseiller.

(Je viens d'apprendre c'est Casterman qui se chargera de l'adaptation en français de cet ouvrage... Si Casterman massacre cette adaptation avec son savoir faire habituel, je plains les personnes qui liront ce livre en français... En espérant toutefois qu'ils n'oseront pas tout de même pas publier ce livre dans l'atroce collection Écritures.)

mercredi 4 novembre 2009

Renaud Camus, le secret le mieux gardé de la littérature française contemporaine


On vous dira probablement que Renaud Camus est raciste, antisémite, réactionnaire, que sais-je encore... Réactionnaire peut-être... Je dirais plutôt nostalgique ; il ne se cache pas de penser qu'il ne goûte que très modérément bon nombre des évolutions de nos sociétés contemporaines. Pour le reste, il s'agit d'absurdités proférées par quelques intellectuels bien-pensants qui n'ont lu de Renaud Camus que des extraits, souvent tronqués et déformés...

Mais là n'est pas le plus important. Ce que l'on ne vous dira sans doute pas (Renaud Camus est à mon avis le secret le mieux caché de la littérature française contemporaine), c'est que Renaud Camus est un des plus grands (je dirais bien le plus grand mais on dira que je m'emporte...) auteurs français depuis les années 1960. Et on a grand tort de ne pas vous le dire... Renaud Camus est en effet un écrivain d'une richesse et d'une profondeur qui a extrêmement peu d'équivalent dans la littérature actuelle.

Qu'est-ce que j'apprécie particulièrement chez Renaud Camus, au point d'en avoir fait un de mes auteurs favoris ? Soyons brefs aujourd'hui et parlons ici de trois points que je trouve particulièrement remarquables dans son œuvre.
  1. C'est un styliste exceptionnel. Héritier des plus grands prosateurs français, il a un style classique d'une très grande beauté (mais pas uniquement... il excelle également à rendre les bizarreries du français télévisuel contemporain ou à se perdre dans les méandres de phrases sans fin, errant au gré d'infinies digressions).
  2. C'est un grand innovateur (eh oui, écrire des romans formellement innovants, c'est possible, même aujourd'hui). Au début de son œuvre, on aurait pu résumer (même si résumer, c'est trahir...) son dessein à la question suivante : « Comment écrire un roman après le Nouveau Roman » ? Ce mouvement littéraire, on s'en souvient peut-être avait profondément remis en question le récit, les personnages, la psychologie traditionnels.
    Une réponse radicale à cette question se trouve dans les Églogues de Renaud Camus. Il s'agit d'une série de 7 romans (5 sont déjà parus), publiés depuis le milieu des années 1970 qui renouvelle étonnamment et radicalement le genre romanesque. J'y reviendrai dans un prochain message...
  3. C'est un penseur passionnant. Qu'il parle d'art contemporain, des travers de nos sociétés modernes (avec la réserve, déjà évoquée plus haut que l'on pourra certes le trouver réactionnaire ; il avoue d'ailleurs lui-même, de façon plus ou moins détournée, qu'il a tendance à préférer se battre pour des causes déjà complètement perdues) ou des rapports entre vérité et langage, ses idées sont pasionnantes et il les expose avec beaucoup d'art.
    En ce qui concerne nos sociétés modernes, il part en guerre contre ce qu'il appelle « la dictature de la petite bourgeoisie ».
    Lorsqu'il aborde la pensée, il s'attarde à montrer à quel point la vérité est complexe, comment elle peut se cacher dans les replis du discours ; dans « Buena Vista Park », notamment, il développe le concept de bathmologie (la science des niveaux de langage) esquissé par Roland Barthes.

Est-ce un auteur difficile d'accès ? Par certains aspects, oui :
  • Son caractère innovant, notamment dans ses œuvres les plus complexes, comme les Églogues, peut rebuter. Il faut accepter de n'entrer dans son œuvre que progressivement, sans se laisser décourager.
  • Son œuvre est très importante, et comporte un certain nombre de livre mineurs, souvent fruits de commandes.
    (J'ai par exemple tendance à considérer que la plupart de ses essais sont de qualité secondaire par rapport au reste de son œuvre, à part l'immense « Du Sens ». L'essai, avec son mode de pensée discursif, et son enchaînement logique d'idées, correspond mal au cheminement intellectuel privilégié par Renaud Camus, très disgressif et difficile à canaliser sans l'appauvrir. Il exprime généralement ses idées beaucoup mieux dans ses autres livres, notamment dans son Journal, que dans ses essais).
  • Enfin c'est un adepte forcené de l'auto-référence. (« Si on veut se mettre à lire Renaud Camus, par où commencer ? — Pour commencer à lire Renaud Camus, il est indispensable d’avoir déjà lu un livre de Renaud Camus. » peut-on lire en quatrième de couverture de « l'Amour l'automne »). Si la première approche est difficile, les lectures suivantes s'enrichissent et sont de plus en plus gratifiantes.
Deux sites très riches :

lundi 2 novembre 2009

René Girard, conseils de lecture pour néophytes

À force de vanter les mérites de l'oeuvre de René Girard, je dois parfois répondre à cette question : « Et par quel ouvrage me conseilles-tu de commencer ? » Voici donc quelques conseils de lecture pour découvrir l'oeuvre de René Girard, en complément de mon post de jeudi dernier.

Tout ne se situe pas au même niveau dans la bibliographie de René Girard. Je distinguerai, de façon tout à fait subjective et arbitraire, trois grandes catégories d'ouvrages :

1) Les trois oeuvres maîtresses dans lesquelles René Girard applique sa pensée à trois domaines apparemment très différents : la littérature, les sciences humaines et la foi chrétienne.

  • Mensonge romantique et vérité romanesque (1961) : Son premier ouvrage. Il commence à explorer le désir mimétique en analysant quelques grands textes de la littérature : Stendhal, de Proust ou Dostoïevski.
  • La Violence et le sacré (1972) : Plus de 10 ans après Mensonge romantique et vérité romanesque, René Girard pose les bases de son système.
  • Je vois Satan tomber comme l'éclair (1999) : Relecture de la révélation chrétienne à la lumière des thèses girardiennes (et vice-versa).

La lecture de ce trois ouvrages permet à mon avis d'avoir une vue d'ensemble de la pensée de René Girard.


2) Les autres essais.

Dans de nombreux autres livres René Girard approfondit certains aspects de sa pensée. Il analyse d'autres textes littéraires dans Dostoïevski : du double à l'unité (1963), Critique dans un souterrain (1976) ou le passionnant Shakespeare : les feux de l'envie (1990). Il relit de façon très éclairante le livre biblique de Job dans La Route antique des hommes pervers (1985). Il évoque le sacrifice du Christ dans Celui par qui le scandale arrive (2001). Dans Le Bouc émissaire (1982), il approfondit la lecture des textes victimaires et répond à certaines critiques lui ayant été adressées.

Ces livres sont tous passionnants mais ils ne me semblent pas fondamentaux dans la progression de la pensée de René Girard dans la mesure où ils ont tendance à approfondir des idées déjà évoquées dans certains des trois ouvrages regroupés dans la catégorie précédente.


3) Les entretiens.

Tout au long de sa carrière, René Girard a publié de nombreux livres d'entretien. Bien que contenant des éléments très intéressants, ils me semblent relativement secondaires d'une part parce qu'ils n'apportent pas autant d'éléments nouveaux que les livres cités ci-dessus, d'autre part parce que je les trouve souvent un peu décousus, en tout cas moins bien construits que ses autres ouvrages.

Un mot tout de même sur Des choses cachées depuis la fondation du monde (1978), dans la mesure où c'est un de ses ouvrages les plus connus. Malgré sa grande notoriété, je ne le conseillerai pas à un néophyte pour les raisons suivantes : Le cheminement de la pensée, avançant au gré des questions des deux interviewers, peut sembler très chaotique à quelqu'un qui découvre René Girard. En outre y est exacerbée un trait de René Girard qui a souvent tendance à rebuter les non convaincus : il accentue parfois, surtout au début de sa carrière, ce qui le sépare des courants de pensée qui l'ont précédé, se faisant ainsi apparaître comme encore plus novateur qu'il n'est (ce qui transparaît d'ailleurs dans le titre de l'ouvrage) ; c'est particulièrement vrai au cours de ces entretiens car il y est grandement encouragé par ses deux interviewers béats d'admiration.


N.B. : Je n'ai pas encore lu ses derniers ouvrages tels que Le Sacrifice (2003), Achever Clausewitz (2007), La conversion de l'art (2009).


Et maintenant, bonne lecture !

dimanche 1 novembre 2009

L'anniversaire d'Astérix et Obélix (2009)


Alors... Que penser du dernier Astérix ?
Cela dépend de ce que l'on en attend. Quelqu'un qui, comme moi, apprécie énormément le dessin d'Uderzo aura plaisir à trouver dans cet album une dizaine de nouvelles pages de bande dessinée de la main de ce grand dessinateur et quelques savoureux dessins inédits. Tous ceux qui attendent une aventure pleine de souffle et d'humour peuvent probablement s'abstenir de lire ce « livre d'or » destiné à fêter le cinquantième anniversaire du plus populaire héros français de bande dessinée...

Si l'on entre davantage dans le détail, que trouve-t-on dans cet album ?
Une amusante couverture, tout d'abord, bien dans l'esprit de Goscinny et d'Uderzo, toujours prompts à se moquer de leur réussite.
Les planches 1 à 5 constituent 5 de la dizaine de planches inédites dessinées par Uderzo spécialement pour cet album. Elles mettent en scène nos héros vieillis de cinquante ans. Même si les années se font sentir et que le trait d'Uderzo n'a plus toujours la vivacité et la précision d'antan, il reste un dessinateur exceptionnel.
Dans les 2 planches suivantes sont recyclés d'anciens dessins d'Obélix à travers les âges. Dessinés il y a quelques années par Uderzo, ils sont coincés entre des apparitions de Mme Agécanonix qui, elles, constituent le début des dessins de remplissage qu'Uderzo a délégués à ses assistants (il s'agit peut-être des mêmes que ceux qui avaient dessiné un récit intitulé l'Antiquaire dans la première édition de La rentrée gauloise ; si ce sont eux, bien qu'ils aient progressé depuis ce premier essai, leur trait reste relativement médiocre).
Suivent trois planches datant de 2004 et publiées initialement dans le hors série de Lire consacré à Axtérix. On trouvera dans le reste de l'album 5 autres pages dessinées par Uderzo : la planche 25 et les planches 46 à 49.
Le reste de l'album reprend de nombreux documents inédits, souvent encrés pour l'occasion, parfois recadrés ou modifiés, reliés entre eux de façon assez lâche par des cases dessinées par le studio d'Uderzo.
Cet album permet donc de découvrir une douzaine de pages de bande dessinée de la main d'Uderzo, dont 9 ou 10 dessinées spécialement pour l'occasion, et de rassembler de très nombreuses illustrations inédites. Les fanatiques d'Astérix, dont je suis, ne peuvent que s'en réjouir.
Mais la forme de ce recueil laisse beaucoup à désirer... Publier pour les 50 ans d'Astérix un recueil comprenant les quelques pages dessinées par Uderzo, en y adjoignant les dessins inédits et le texte de Goscinny, le tout éventuellement relié par quelques textes explicatifs, aurait probablement permis d'éditer un « livre d'or » tout à fait convenable. Vouloir à tout prix en faire un « vrai » album en bouchant les trous avec des pages dessinées par l'atelier d'Uderzo et en modifiant certains dessins inédits aboutit à un objet hybride et peu convaincant...

[Pour les plus mordus, j'ai cherché à lister les dessins et textes inédits de la main d'Uderzo ou de Goscinny (j'en oublie certainement) :
  • planche 12, strip 2, case 3 : Astérix déprimé, dessin inédit ;
  • planche 13 : strip 1 : extraits des model sheets dessinés par Uderzo à l'intention des auteurs des dessins animés d'Astérix ;
  • planches 14 à 19 : texte de Goscinny publié dans Pilote en 1966 ;
  • planche 16 : quelques dessins inédits, notamment une publicité pour une attraction du parc Astérix et une illustration extraite de Pilote ;
  • planche 19 : 2 dessins extraits de Pilote et un dessin des années 1980 illustrant une passion d'Uderzo, les Ferrari ;
  • planche 20 : illustrations publiées dans Pilote à l'époque d'Astérix et Cléopâtre, Astérix légionnaire et Astérix chez les Bretons ;
  • planche 23 : strip 3, case 4 : illustration datant probablement des années 2000 ; strip 4, case 2 : illustration de 1999 ;
  • planche 24, strip 1, case 2 : extrait d'un hommage à Dany ;
  • j'ai un doute pour la planche 25 : il est tout à fait possible qu'elle soit de la main d'Uderzo ;
  • planche 27, strip 2 : illustrations pour le Parc Astérix ; strip 3, case 3 : illustration de 1999 ;
  • planche 28 : illustrations pour le Parc Astérix ;
  • planche 29 : dessin extrait de Pilote ;
  • planche 30 : strip 1, case 3 : illustration de 2002 ; strip 2, case 1 : illustration pour le Parc Astérix ; strip 2, case 2 : extrait de Pilote ; strip 3, case 1 : illustration (années 2000 ?) ; strip 3, case 2 : extrait des model sheets ;
  • planches 33 à 35 AB : 'making of' humoristique d'Astérix et Latraviata, publié initialement dans un album à tirage limité en 2001 ;
  • planche 35 : ancien dessin, déjà recyclé pour ouvrir les albums d'Astérix publiés chez Albert René ;
  • planche 36 : 3 cases dessinées à l'occasion de la sortie du premier film Astérix ;
  • planche 37, strip 2 : l'affiche portée par Obélix est une refonte de la couverture originale de La Rose et le Glaive (modifiée pour l'album car jugée trop agressive), les deux personnages ont été dessinés pour le journal Pilote ;
  • les planches 46 à 49 sont de nouveau de la main d'Uderzo, l'humour en est... peu raffiné...
  • l'album se clôt sur une double page réunissant de nombreux personnages des aventures d'Astérix, peut-être dessinée par Uderzo.]