mercredi 1 janvier 2014

Ecole de la misère, d'Yvan Alagbé (2013)

On peut reprocher à la majorité de la production de bande dessinée actuelle (et je le fais souvent) de se contenter de schémas narratifs et picturaux très classiques, en retrait par bien des égards par rapport aux avancées formelles qui se sont développées depuis des dizaines d'années dans d'autres formes artistiques comme la littérature ou la peinture. Du point de vue narratif, la quasi-totalité des albums de bande dessinée actuels répondent aux stricts canons balzaciens, avec ses impératifs de clarté, d'univocité, de cohérence, alors que des mouvements comme le Nouveau Roman ont montré depuis un demi-siècle que d'autres formes de narration sont possibles. De façon similaire, les choix picturaux de presque tous les auteurs de bande dessinée s'appuient sur des impératifs de clarté, de cohérence, simples et classiques : un même personnage doit toujours être semblable à lui-même, clairement identifiable et facile à distinguer de tous les autres ; les décors doivent répondre aux règles de représentation les plus classiques (perspective, permanence et neutralité de la représentation du décor...) ; pourtant de très nombreux peintres ont montré, depuis la fin du XIXe siècle, les limites de ces formes classiques de représentation.

Je suis donc très reconnaissant à quelques rares maisons d'édition, comme FRMK, et à une poignée d'auteurs, comme Yvan Alagbé, d'explorer des voies sortant des chemins tout tracés de la bande dessinée traditionnelle. Cet auteur rare nous offre encore une fois, avec son récent École de la misère, une superbe preuve qu'une autre bande dessinée est possible.

École de la misère est le récit de plusieurs drames familiaux imbriqués. Claire, une jeune femme, a depuis des années des relations très conflictuelles avec son père, Michel. Ils ne se sont pas parlé depuis des années. Elle est amoureuse d'un Noir, immigré sans papiers, ce que son père n'a jamais accepté. Le père et la fille se retrouvent, contraints et forcés, lors des obsèques des parents de Michel. Ces retrouvailles peu chaleureuses font remonter à la surface une série de faits et de souvenirs plus ou moins anciens. Les relations difficiles entre les personnages s'éclairent progressivement, mais toujours partiellement.

Les époques et les points de vue des différents protagonistes s'entremêlent, les sentiments de Claire, notamment, sont parfois confus. Les images d'Yvan Alagbé (deux cases par page, toutes de taille identique) sont dessinées à grands traits. Souvent imprécises, elles sont presque toujours très belles. La narration non chronologique, les dialogues très rares, les confusions possibles entre les différents personnages, les images parfois floues, ne rendent pas particulièrement facile la compréhension de ce livre. En refermant l'album, malgré une lecture attentive, après maints retours en arrière, je ne suis pas forcément capable de donner une interprétation univoque des récits entrelacés dans ces pages. Mais ce n'est pas l'objectif premier. Ce livre nous plonge au coeur de drames et de déchirements familiaux ; il s'agit forcément de visions partielles, partiales et passionnées.

La narration qui s'approche souvent du flux de conscience cher à certains romanciers du XXe siècle, de Virginia Woolf à Claude Simon, de William Faulkner à Nathalie Sarraute ; les rimes visuelles, images se répondant d'une page à l'autre ; le glissement subtil d'un fil narratif à un autre, suivant des règles souvent mystérieuses : tous ces traits formels rendent la narration d'École de la misère plus proche de celle de certains romans expérimentaux de la seconde moitié du XXe siècle, comme ceux de Claude Simon, par exemple, que de la narration utilisée traditionnellement en bande dessinée. La filiation, sur plusieurs générations, les relations familiales, amoureuses et sexuelles, le souvenir, l'exclusion... sont autant de thèmes graves, chers à Yvan Alagbé, traités avec subtilité et originalité dans cet excellent album, qui offre au lecteur attentif une expérience rare et d'une grande richesse.

vendredi 29 novembre 2013

Histoire d'un couple, de Yeon-Sik Hong (2013)

Il est des livres que l'on n'attend pas. Pourtant, en cette fin d'année 2013, je guettais avec impatience la sortie de nombreux albums : les deux livres de Baudoin, Universal War Two de Denis Bajram, la livraison annuelle de Love and Rockets des frères Hernandez, le deuxième tome de Nu-Mende Fabrice Neaud, le dernier Winschluss... Il s'agissait de livres dont je connaissais les auteurs et que j'atendais avec impatience. Rien de cela avec Histoire d'un couple. Avant de recevoir ce libre, je n'avais jamais entendu parler ni ce livre, ni de son auteur... D'un certain côté, c'est un peu normal. Yeon-Sik Hong est un auteur coréen (je ne suis pas sûr d'avoir jamais lu un livre coréen avant celui-ci...) dont c'est le premier album personnel ; il était spécialisé jusqu'ici dans le dessin de manhwas de commande.

La bande dessinée asiatique conserve de nombreux secrets à découvrir. Les mangas ont commencé à être abondamment publiés en français il y a une quinzaine d'années. Aujourd'hui, les rayonnages des libraires regorgent de mangas ; pourtant il semble que de nombreux albums classiques et œuvres d'auteurs restent à découvrir. Ainsi un chef-d’œuvre classique tel que Kamui Den, de Shirato Sanpei, n'a commencé à paraître en France qu'en 2010. Côté manga d'auteurs, les publications sont encore relativement rares. Je suis donc très reconnaissant aux quelques éditeurs exigeants qui nous font découvrir ce pan moins accessible de la bande dessinée asiatique. Ego comme X fait partie de ces éditeurs ; il nous avait déjà offert il y a quelques années L'Homme sans talent, de Yoshiharu Tsuge, et Dans la prison de Kazuichi Hanawa. Il nous permet aujourd'hui de découvrir ce très bel album coréen.

De quoi s'agit-il ? D'une histoire autobiographique d'une très grande simplicité. Yeon-Sik Hong, auteur de bande dessinée vivant d'albums de commande, et sa femme So-Mi, auteur également, décident un jour de quitter Séoul pour aller habiter loin de la ville. Ils s'installent donc loin de tout, à la montagne. Histoire d'un couple est le récit de la période, un peu plus d'un an, qu'ils passent dans leur maison montagnarde. Le récit qui en est fait ne relate pas de péripéties exceptionnelles. Yeon-Sik Hong trouve le ton juste pour nous conter des faits simples : le passage des saisons tout d'abord (chaque chapitre porte le nom de l'une d'entre elles) ainsi que les variations dans l'existence quotidienne du couple en fonction de l'évolution des saisons ; les difficultés et les doutes liés à son métier d'auteur (il est notamment régulièrement importuné par son éditrice qui lui réclame des corrections) ; ses doutes existentiels sur son travail (est-il prêt à se contenter de ses travaux de commande ou souhaite-t-il s'investir dans une œuvre personnelle ? a-t-il besoin de reprendre des études ?) ; les difficultés de l'existence à la montagne (le froid, l'isolement, les démélés avec d'importuns randonneurs) ; ses relations avec sa femme, notamment lorsque celle-ci, son ancienne élève, commence à avoir plus de succès professionnel que lui ; la redécouverte d'une vie plus simple et plus proche de la nature : les incessants problèmes d'argent, etc.

Le graphisme peut dérouter, au moins au début, le lecteur francophone : comme d'autres auteurs asiatiques (Shigeru Mizuki tout particulièrement), Yeon-Sik Hong allie en effet un certain simplisme dans le dessin des personnages et des animaux avec une grande attention accordée à la description de la nature, plantes et paysages.


En lisant cet album j'ai bien entendu pensé au Retour à la Terre, de Manu Larcenet et Jean-Yves Ferri. L'album de Yeon-Sik Hong aborde le même thème, mais de façon plus réaliste et avec davantage de sensibilité. J'ai également pensé à Printemps, Eté, Automne, Hiver... et Printemps, très beau film coréen, qui attache la même importance qu'Histoire d'un couple au passage des saisons et à la description de la nature évoluant tout au long de l'année.

Histoire d'un couple a donc constitué pour moi une très belle découverte, celle d'un livre plein de tendresse et de finesse, le récit simple et juste d'un couple amoureux confronté aux peines et joies quotidiennes d'une vie non citadine. Yeon-Sik Hong construit son histoire avec des petits riens ; mais contrairement à de nombreux auteurs contemporains (notamment dans les blogs), il ne cherche pas à les rendre attractifs en recourrant à un humour facile et à l'autodérision. Le récit puise son intérêt dans un art plus subtil, fondé sur la justesse des situations et des sentiments de ce jeune couple qui cherche à s'adapter au mieux à son nouvel environnement.

dimanche 24 novembre 2013

30 x 40 de Futuropolis : A la recherche de la liste complète...

On m'a récemment demandé si j'étais capable de fournir la liste complète des albums de la superbe collection 30 x 40 de Futuropolis. J'ai bien dû avouer que je n'en étais pas sûr...

Voici ceux que je suis parvenu à lister : - Masse;
- La Véritable histoire du Soldat Inconnu, par Tardi;
- Wrightson;
- Gir;
- Swarte;
- Le Roman de Renart, par Jean-Claude Forest et Max Cabanes;
- Jeff Jones;
- Bazooka Production;
- Crumb;
- Willem;
- L’Option Stavisky, par Götting;
- Baudoin (retitré Le Portrait lors de sa réédition à l'Association);
- Comix, par Moscoco;
- Don Quichotte, par Benito Jacovitti;
- Les Rêves du fou, par Chantal Montellier;
- Calvo;
- Salut!, par Vaughn Bodé;
- Pic & Zou, par Mix Mix;
- Poïvet;
- Charlie Schlingo;
- Miles Hyman.

J'en connais donc 21. Le Miles Hyman est probablement un des derniers car il date de 1993. Il est indiqué comme étant le vingt-deuxième de la collection. A priori, il m'en manque donc au moins un. Savez-vous le(s)quel(s) j'ai oublié(s) ?

mercredi 20 novembre 2013

Dans l'enfer des hauts de page, de Yann & Conrad (2013)

Les années 1970 constituent une période en demi-teinte dans l'histoire du Journal de Spirou. Ses pages étaient remplies en grande partie par un certain nombre d'auteurs, parfois relativement talentueux, mais qui étaient loin d'égaler leurs glorieux anciens, les pionniers qui avaient fait la gloire du journal dans les années 1950 et 1960 : Jijé, André Franquin, Morris, Peyo... Au début des années 1980, quelques jeunes loups arrivèrent, très admiratifs des gloires des années 1950 et 1960, beaucoup moins respectueux envers leurs aînés des années 1970. Plusieurs de ces jeunes auteurs avaient un talent certain, qui leur ouvrirait la voie d'une carrière à succès : Yann, Conrad, Hislaire, Frank Pé, etc. Le rédacteur en chef de l'époque, pour dynamiser le journal, leur laissa les clés de l'animation de l'hebdomadaire. Cela consistait notamment à dessiner quelques strips dans les hauts de page. Yann et Conrad s'en donnèrent à cœur joie. C'était l'époque où Yann se faisait remarquer par un humour corrosif qui ne respectait presque rien (l'antiracisme, l'homosexualité, les auteurs installés, tout y passait) ; c'était souvent très réussi. Conrad avait déjà son style très enlevé, digne héritier de Franquin, en plus incisif peut-être. Cela donna lieu à plusieurs centaines de strips très drôles qui s'en prenaient aux valeurs et aux auteurs traditionnels de l'hebdomadaire, en s'inspirant souvent de l'aventure du Trombone Illustré, pilotée quelques années avant par André Franquin et Yvan Delporte. Ces strips n'avaient jamais été collectés intégralement en album et méritaient amplement une publication en intégrale.

Une publication en intégrale, oui. Mais pas comme celle que vient de sortir Dargaud. Certes la couverture est cartonnée et l'impression de bonne qualité ; mais le soin apporté à ce livre s'est arrêté là. Pour le reste, l'éditeur s'est contenté du plus bas minimum. Cette intégrale reprend d'abord les pages de Huit mois dans l'enfer des hauts de pages, un opuscule très réussi édité par les éditions Schlirf dès 1981, qui relatait l'aventure de ces hauts de page avec quelques-uns des strips. Mais Dargaud édite les strips en plus petit (c'est parfois à la limite du lisible) et a même modifié un texte pour le mettre à jour, mais en laissant la signature de l'auteur original de ce texte, Yvan Delporte, pourtant mort aujourd'hui depuis des années. Le reste de l'intégrale Dargaud est constitué de la suite des autres trips (en en oubliant d'ailleurs quelques-uns) sans aucune contextualisation. Il aurait pu sembler utile au moins de regrouper les strips par numéro de Spirou, voire de signaler pour certains d'entre eux au-dessus de quelles pages ils étaient publiés, ce qui permet de mieux les comprendre. À l'extrême limite (mais là, je sais que je vais trop loin dans la mesure où cela aurait demandé de rédiger quelques textes ad hoc...), on aurait pu imaginer d'ajouter quelques courtes lignes pour décrire succinctement quelques séries dont aimaient se moquer Yann et Conrad, car certaines sont aujourd'hui un peu oubliées... Non, rien de tout cela.

Cela me rappelle un peu l'intégrale des années Pilote du Concombre Masqué, éditée également par Dargaud, que je lis en parallèle. La bande dessinée de Mandryka est bien évidemment exceptionnelle mais l’appareil critique est aussi indigent (ce qui est moins grave, certes, dans le cas du Concombre Masqué, car ses aventures se suffisent à elles-mêmes et ne requièrent pas nécessairement d'explications annexes). Fin de la parenthèse.

Je vous encourage donc à (re)découvrir ces hauts de page très amusants. Mais pas nécessairement dans l'album de Dargaud. On peut trouver en ligne sur Internet une intégrale plus complète de ces strips avec des commentaires de remise dans le contexte tout à fait pertinents...

dimanche 17 novembre 2013

Les enfants de Sitting Bull, d'Edmond Baudoin (2013)

Edmond Baudoin n'a plus rien à prouver. Il a montré qu'il est extrêmement doué à la fois en bande dessinée, en peinture et en illustration (que ce soit pour les romans de la collection Futuropolis-Gallimard, pour des recueils de poésie ou des livres pour enfants). Il maîtrise aussi bien le noir et blanc que la couleur. Il est publié par les plus grands éditeurs (Dupuis ou Gallimard) comme par les plus exigeants (L'Association, Les Requins Marteaux...).

Il peut donc faire ce qu'il veut et il le fait avec énormément de talent. Dans Les Enfants de Sitting Bull, il mélange, comme il le fait très souvent depuis quelques années, les styles (des couleurs directes à un dessin au trait en bichromie, en passant par la reprise de photographies), les modes de narration (des dessins légendés à une bande dessinée plus classique), les genres (de la biographie à la réflexion personnelle sur le sort des Indiens d'Amérique en passant par un pastiche).

Cet album est en fait composé de trois parties successives, presque indépendantes les unes des autres : le récit de la vie de son grand-père, un rappel de quelques rencontres avec des Indiens lors de son séjour de trois ans au Québec, un pastiche de bande dessinée western dans le style des petits formats bons formats mais avec un Indien comme héros à la place de l'éternel cow-boy. Ces trois récits entrent en résonance avec de nombreux albums précédents de Baudoin : l'histoire du grand-père, aventurier niçois ayant navigué dans le monde entier, cherché fortune en Amérique, côtoyé Buffalo Bill et Sitting Bull, construit des gratte-ciel, avait déjà fait l'objet d'un récit, moins détaillé dans un Patte de Mouche à l'Association, Made in USA. Les trois ans passés comme professeur au Québec avaient déjà fait l'objet de plusieurs albums, Le Chemin de Saint Jean, Les Essuie-glace, Le Chant des baleines. Le pastiche des petits formats nous ramène aux années d'enfance d'Edmond Baudoin, évoquées dans Piero...

Ces trois récits sont évoqués sous un angle un peu différents que dans les albums sus-cités. Ce qui les réunit aujourd'hui est le sort réservé aux Indiens d'Amérique, thème qui tient particulièrement à cœur de l'auteur. Il mène d'ailleurs actuellement une campagne sur Internet pour défendre la forêt des Indiens Ashaninkas du Pérou.

On retrouve là toute la force d'Edmond Baudoin : il met tout son talent au service de ses généreux engagements, sans pour autant tomber dans le prêche ou la naïveté excessive. Son dernier album est à la fois engagé et très réussi esthétiquement : de nombreuses pages sont magnifiques et les limites de la bande dessinée sont sans cesse explorées pour adapter au mieux le médium au récit.

Du même auteur, on peut signaler également la récente parution en un seul volume des trois albums en couleurs publiés chez Dupuis : Les Yeux dans le mur, Les Essuie-glaces, Le Chant des baleines. Le tout est maintenant réuni sous le titre Trois pas vers la couleur. Vient en outre de paraître à l'Association un récit de voyage dessiné avec Troubs, Le Goût de la terre.

lundi 30 septembre 2013

Universal War Two, tome 1 : Le temps du désert, de Denis Bajram (2013)

C'est peu de dire que Le Temps du désert, premier tome d'Universal War Two, la deuxième saga de six tomes qui constitue la suite du déjà classique Universal War one, était fortement attendu (il a notamment fait l'objet de deux couvertures de Casemate, d'une couverture de L'Immanquable et d'une de Zoo...). En 6 tomes publiés entre 1998 et 2006, Denis Bajram nous avait en effet offert avec Universal War one l'un des plus grands cycles de science fiction de la bande dessinée. Voici donc le début de ce nouveau cycle, annoncé depuis longtemps. l'auteur a déjà maintes fois déclaré avoir conçu trois cycle en même temps : Universal War One (UW1, pour les connaisseurs), mettant en scène une guerre embrasant le système solaire, UW2 qui s'élargissait à une dimension plus large et UW3 dans lequel seraient remis en cause les fondements mêmes de l'univers...

Denis Bajram nous a déjà prouvé, avec Universal War One, qu'il était un excellent auteur de science-fiction. Le plus dur maintenant est de réussir un second cycle aussi passionnant que le premier, en capitalisant sur les richesses de l'univers en place, mais sans se répéter...

Dans ce premier tome d'UW2, les parallèles avec le premier tome du cycle précédent sont nombreux : l'escadrille de rebelles Purgatory laisse la place au personnage de Théa, jeune femme en révolte contre sa famille et son milieu social, descendante de Kalish. Une série de triangles sortis du soleil sont le nouveau danger incompréhensible qui se substitue au mur inconnu apparu à proximité de Saturne dans UW1. Mais la tension est encore montée d'un cran par rapport au premier cycle: c'étaient alors la survie de planètes du système solaire qui étaient en jeu ; maintenant, avec le risque que le 'wormhole' destructeur placé au coeur du soleil par les CIC à la fin du premier cycle, c'est tout le système solaire qui joue sa survie. Sans compter que les deux premières pages du Temps du désert font apparaître des créatures étranges, probablement extraterrestres.

La fin d'UW1 avait pu sembler un peu naïve, avec la création par Kalish de Canaan, société apparemment idyllique, capable d'apporter paix et harmonie au monde. Le début de ce nouveau cycle montre que la situation est beaucoup plus compliquée que ce que pouvait laisser présager cette fin idyllique : Canaan a certes vaincu les CIC (compagnies industrielles de colonisation) et leur dictature orwellienne. Mais elle n'a as réussi à se faire accepter des populations. Elle apparaît donc comme une armée d'occupation, qui ne reste en place que grâce à ses 300 ans d'avance technologique. Les membres de Canaan ont d'ailleurs tendance à se croire très supérieurs aux peuples qu'ils régentent, et à les mépriser plus qu'à les traiter en égaux ; ce qui conduit à des effets ravageurs, incluant des actes terroristes sanglants et aveugles. Bien entendu, toute ressemblance avec des faits tirés de l'actualité récente (ou moins récente) ne sont que pure coincidence... C'est sur un fond de situation politique déjà extrêmement tendue qu'apparaissent ces mystérieux triangles issus du soleil, alors que les scientifiques de Canaan cherchait justement à sauver l'astre solaire des dégâts dus au 'wormhole'. Nous suivons dans cet album les mésaventures de Théa, jeune descendante de Kalish, travaillant sur Mars comme professeur, en rebellion contre les membres de sa famille et leurs comprtenments militaristes et méprisants pour les populations locales.

Quant à la mise en page et au dessin, ils sont toujours aussi réussis. Compositions variées, mouvements, jeu sur les couleurs dominantes (l'ocre tirant vers le rouge pour Mars et son atmosphère étouffante, le noir pour les scènes dans l'espace, etc.), vaisseaux imrpessionants... sur ce point-là non plus, Denis bajram ne déçoit pas.

Un excellent début de cycle. Et, comme d'habitude dans ce genre de cas, cet album superbement maîtrisé donne très, très envie de connaître la suite...

samedi 28 septembre 2013

1993-2013 : Alberto Breccia, 20 ans après

Alberto Breccia est mort il y a 20 ans déjà, en 1993. À cette occasion, le site consacré au maître uruguayen a eu la bonne idée de poser quelques quelques à plusieurs personnalités du monde de la bande dessinée, auteurs, critiques... Ces entretiens sont disponibles ici. Sont déjà disponibles les entretiens avec Juan Sáenz Valiente, Carlos Nine (en espagnol et en français, traduit par votre serviteur), Lucas Nine (en espagnol seulement) et Thierry Groensteen. D'autres doivent suivre.