mercredi 28 août 2013

Nu-Men, tome 2, Quanticafrique, de Fabrice Neaud (2013)

J'avais trouvé beaucoup de qualités à Guerre Urbaine, le premier tome de Nu-Men, série d'anticipation de Fabrice Neaud. Mais avec Quanticafrique, le deuxième volume qui vient de paraître, c'est différent. L'auteur est passé à la vitesse encore supérieure et nous offre véritablement une très grande saga de science-fiction.

Le thème qui donne son nom à la série, les transhumains (d'où le "Nu-Men", pour "New Men"), apparaît plus clairement que dans le premier tome. En 2013 déjà les progrès récents de la science, de la description du génome humain aux nanotechnologies en passant par la réalité augmentée promise par de nouveaux gadgets high-tech (lunettes Google ou autres) font entrevoir un avenir proche dans lequel l'Homme sera en mesure d'augmenter significativement ses capacités. Fabrice Neaud imagine quelques conséquences de ce transhumanisme, des recherches nécessaires pour y parvenir et des enjeux de pouvoir associés. Il en pointe également certaines dérives inégalitaires : si les puissants sont capables de créer des nouveaux hommes surpuissants, on découvre dans une scène saisissante que les plus démunis ne peuvent plus payer leur "vaccination nano" et ont le cerveau infecté par des spams qui leur font réciter sans contrôle des slogans publicitaires dénués de sens...

Fabrice Neaud n'a jamais fait mystère de ses goûts érotiques (la lecture de son Journal est assez claire à ce sujet...). Ces goûts présentent un double avantage dans Nu-Men : Premièrement, plusieurs des personnages masculins, avec leurs muscles hypertrophiés de bodybuilders, mettent en pleine lumière les fantasmes de l'auteur et rappellent, par contraste, à quel point une très grande part de la production de bande dessinée de science-fiction ou fantastique est gouvernée par d'autres fantasmes, avec la mise en scène de sempiternelles donzelles aux poitrines démesurées et aux habits masquant une surface ridiculement petite de leur généreuse anatomie... Ces poncifs sont tellement partagés qu'on en oublie trop souvent leur caractère de poncifs, justement. Le fait que Fabrice Neaud illustre d'autres fantasmes vient nous rappeler cet aspect de cliché. Le deuxième intérêt des goûts érotiques de l'auteur est qu'il parvient à dessiner des femmes sans arrière pensée érotique ; il nous offre ainsi une galerie de personnages féminins (le docteur Emma, Nuala, Tamara Savolainen, visibles dans les trois images ci-dessous) qui, loin d'être dénués de charme, sont loin des stéréotypes habituels et ont chacun une forte personnalité graphique, chose trop rare dans le monde de la bande dessinée grand public où la plupart des auteurs ne font que répéter leur idéal féminin unique dans tous leurs personnages de femmes.

Fabrice Neaud a beaucoup de choses à dire dans cette série. Les descriptions sociales et scientifiques sont fréquentes, plusieurs intrigues se nouent en parallèle, les personnages principaux sont nombreux. Le premier tome en avait légèrement pâti. Ici, plus rien de tel, Fabrice Neaud parvient à trouver un équilibre magistral entre densité des explications, avancement des péripéties et respirations du récit. En schématisant grossièrement, on peut avancer que, jusqu'aux années 1960 incluses, la bande dessinée franco-belge a privilégié la densité du récit plutôt que le plaisir de l'image : le nombre de cases par page était relativement élevé (souvent une moyenne supérieure à 8 cases par page), les bandes étaient le plus souvent régulières. À partir de la fin des années 1960, certains auteurs (Druillet et Moebius en tête) firent éclater ces contraintes, laissèrent beaucoup plus de place à leurs dessins, dans des compositions plus complexes ; ces bandes dessinées, à force de privilégier le graphisme virent souvent la densité du récit décroître fortement. Fabrice Neaud parvient dans cet album à surmonter cette opposition entre liberté laissée au dessin et densité du récit. Il multiplie les grandes cases magnifiques de paysages naturels extrêmement majestueux (pays Dogon, fosse des Aléoutiennes, supervolcan de Yellowstone) et de panoramas urbains mêlant bâtiments anciens et élégantes constructions futuristes. Ces nombreuses cases ouvrent chaque nouvelle scène, permettent d'offrir de bienvenues respirations dans un récit par ailleurs saturé d'information et enfin offrent un très grand plaisir visuel. Cependant, dans le reste des pages, l'auteur parvient à multiplier le nombre de cases, en conservant cependant une fluidité de lecture exemplaire. En alternant ainsi grandes cases aérées et compositions très fragmentées, il concilie avec maestria plaisir des yeux et un récit globalement très dense, mais sans lourdeur... Ainsi, Fabrice Neaud réussit dans cet album, dans ce cadre si contraint des traditionnelles 46 planches, à faire avancer significativement les différentes intrigues parallèles, à éclaircir quelques points (les motivations de Mstislav Popescu, l'identité des personnages en noir) et à ouvrir de nouvelles pistes (découverte du continent africain, les capacités de certains cobayes de la Voûte). En outre, les personnages principaux, quoique nombreux, prennent assez de consistance pour que le lecteur s'y attache.

Il y aurait bien d'autres choses à dire sur ce album. Je dois évoquer le dynamisme et l'efficacité de spectaculaires scènes d'actions, avec leurs corps à corps musclés dignes des meilleurs comics de super héros ; dire également un mot de la mise en couleurs très réussie de Jérôme Maffre et Delphine Rieu ; mettre en avant que l'album se clôt, dans ses cinq dernières pages, sur 3 "cliffhangers" redoutablement efficaces...

Intrigue(s) très riche(s), suspense haletant, passionnantes réflexions sur le devenir de nos sociétés dans un avenir proche, dessin magnifique, aussi bien dans les gros plans que dans les scènes de combat et les vues panoramiques... Nu-Men a maintenant tout d'une très grande série...

dimanche 25 août 2013

Quelques mots de Fabrice Neaud sur Quanticafrique (Nu-Men, tome 2)

Le deuxième tome de la série Nu-Men, intitulé Quanticafrique, vient de sortir. Je vous en parlerai plus longuement très prochainement.

À découvrir en librairie depuis quelques jours... Et les six premières planches sont disponibles sur le site de l'éditeur.

L'auteur, Fabrice Neaud, m'en a dit quelques mots...

Sébastien Soleille : "Bonjour, Nous retrouvons dans Quanticafrique la riche galerie de personnages découverts dans Guerre urbaine : Anton Csymanovic, le beau sergent laissé en mauvaise posture à la fin du tome 1, Tamara Savolainen, la petite Suzy, Emma le médecin, Mstislav Popescu et quelques autres... Pouvez-nous nous dire en quelques mots ce qui les attend dans ce nouveau tome ?"

Fabrice Neaud : ""Beau sergent?", la formule est amusante... Je ne sais s'il est "beau"... en l'occurrence, il est évident que je l'ai dessiné avec la même complaisance pour mes propres topos érotiques que bien des auteurs hétérosexuels qui, souvent, ne se posent pas la question de ce qu'ils véhiculent comme fantasme et comme idéologie concernant ce qui est "beau" ou pas, "sexy" ou non... Ici, en tout cas, je ne sais pas si j'ai dessiné un "beau" sergent... Je ne crois pas qu'il corresponde vraiment aux canons de la "beauté" masculine en cours, version Têtu, par exemple. Avec ses oreilles décollées, dont l'une est toute tordue, conséquence d'un otohématome, son pif cassé, ses yeux de cocker... et sa musculature de powerlifter excessive... je ne sais."

"Quoi qu'il en soit, Nu-Men 2 reprend le destin des personnages exactement où les a laissés le tome 1. Anton Csymanovic se retrouve quelque part en pays Dogon, Tamara commence son enquête sur sa disparition surveillée de près par le mystérieux Charles... On ne verra que très peu Suzy, qui est captive du Bunker où ont lieu les expériences faites par les nouveaux laborantins de la Voûte..."

"C'est presque davantage de destin de Mstislav Popescu qui est exploré dans ce tome... Où l'on comprend quel chantage est exercé sur lui par le "Cramé" pour qu'il poursuive sa mission, contre son propre gré... Le pauvre Mstislav est très malmené dans ce tome... Anton, quant à lui, se retrouve à débuter une sorte de parcours initiatique à travers l'Afrique du Sahara extrême (du pays Dogon où il est tombé jusqu'aux montagnes du Tibesti), accompagné, ou plutôt guidé par un nouveau personnage qui semble en connaître beaucoup sur lui et ce qui lui est arrivé au moment où il s'est retrouvé sous les décombres de l'immeuble au début du tome 1..."

"Tamara, quant à elle, dans ses nouvelles fonctions d'agent débutante au service de la Sécurité intérieure européenne (mais sans doute davantage aux services personnalisés de Charles...), prend de l'assurance... Et, en symétrie du parcours de Mstislav, commence à reconstituer doucement les pièces du puzzle de la disparition aussi bien de son supérieur et binôme Anton que de la petite Suzy..."

La suite de l’entretien dans les prochains jours...

mardi 9 juillet 2013

Fabrice Neaud et le Chant de la Terre : bande dessinée, musique et rythme

La bande dessinée s'inspire fréquemment d'autres arts, essentiellement de la littérature et du cinéma. On ne compte plus les exemples de scénaristes s'inspirant de techniques de romanciers classiques (Honoré de Balzac ou Alexandre Dumas sont une source d'inspiration apparemment inépuisable) ou en vogue ou de dessinateurs recréant des mises en scène particulièrement cinématographiques. Les liens avec la musique sont beaucoup plus rares, et sont souvent moins profonds. Lorsque de tels liens existent, ils relèvent le plus souvent de l'illustration (illustration d'une pochette de disque, d'une affiche ou d'une chanson), du documentaire (sur la création de tel chanson ou de tel album), ou bien de la chronique plus ou moins autobiographiques (souvenirs liés à l'évocation d'un morceau). (À ce sujet, on peut se référer à l' article récemment consacré à l'album collectif Rock Strips sur du9.) Il est, à ma connaissance, exceptionnel qu'un auteur de bande dessinée s'inspire de compositions musicales pour imaginer la structure et la composition de ses planches.

Les cinq pages extraites du Journal de Fabrice Neaud publiées dans la revue Bananas (Bananas (nouvelle série) n°1, numéro du printemps 2006) n'en sont que plus intéressantes. Dans ces quelques pages (initialement dessinées pour faire partie du volume 3 du Journal, puis mises de côté par l'auteur), le narrateur raconte comment il ressent physiquement l'écoute du Chant de la Terre de Gustav Mahler. Ces pages sont doublement intéressantes du point de vue des interactions entre musique et bande dessinée.

Tout d'abord, cet extrait met littéralement en image les sentiments que fait (re)naître l'écoute de ce morceau chez le narrateur, en écho aux mésaventures qu'il vient de vivre. Ces cinq pages mêlent très habilement la vie de Gustav Mahler au moment de la composition du Chant de la Terre, la partition du morceau elle-même, le ressenti physique du narrateur au moment de l'écoute et le rappel d'événements récents de sa vie et d'images évoquées par ces événements et par la musique.

Ensuite, et plus généralement, ce passage illustre de façon magistrale la façon dont Fabrice Neaud s'inspire du rythme et de la composition musicale pour influer sur l'agencement et la composition de ses propres récits. La juxtaposition explicite d'éléments de composition du Chant de la Terre et d'éléments vécus par le narrateur met en lumière des techniques d'évocation fondées sur la composition musicale fréquemment mises en oeuvre par Fabrice Neaud dans d'autres pages de façon beaucoup plus discrète. Il n'a en effet jamais caché qu'il s'inspirait souvent de la maîtrise du tempo et du rythme de grands compositeurs, notamment romantiques et post-romantiques, pour créer le rythme de ses propres récits. Alternance de moments rapides et de moments plus lents, utilisation de crescendo pour faire monter la pression, de decrescendo pour la relâcher, usage subtil des points d'orgues (souvent de grandes cases contemplatives)... Toutes ces techniques sont utilisées à la perfection par les maîtres du romantisme tardif et peuvent également servir dans d'autres média. Un des grands talents de Fabrice Neaud est justement cette science du rythme et du tempo. Le volume 3 de son Journal est notamment une merveilleuse démonstration des potentialités rythmiques de la bande dessinée (variations de tempo, crescendi et decrescendi, points d'orgue, etc.) pour éviter tout effet de lassitude dans ce long récit et pour transmettre au lecteur les fortes émotions ressenties par le narrateur.

Bien entendu, Fabrice Neaud n'est pas le seul auteur de bande dessinée à maîtriser le rythme de ses récits. Pour ne citer que deux cas célèbres, Will Eisner et Hergé furent de grands maîtres dans le domaine. Ils utilisaient beaucoup les variations de la taille des cases pour cela, comme Will Eisner l'a théorisé dans ses ouvrages théoriques et comme j'ai essayé de l'évoquer sur ce blog dans le cas d'Hergé (Tintin et le mystère de la taille des cases). Cependant, ces deux maîtres du tempo en bande dessinée ne s'inspiraient pas à ma connaissance de musique pour doser leurs rythmiques. Fabrice Neaud est donc le seul exemple qui me vient à l'esprit pour illustrer tout le parti qu'un auteur de bande dessinée peut tirerde l'écoute des grands compositeurs...

mercredi 3 juillet 2013

Quelques nouveautés attendues à la rentrée : frères Hernandez, Fabrice Neaud, Denis Bajram, etc.

Comme quasiment chaque année, j'attends impatiemment plusieurs nouveautés en bande dessinée annoncées à la rentrée.

Comme chaque année, les frères Hernandez nous concoctent le volume annuel de leur fabuleux Love and Rockets: New Stories (j'ai parlé des livraisons précédentes ici, ici, ici et ). Le sixième est annoncé en septembre et, vu la grande qualité des cinq précédents, j'ai hâte de le découvrir. Gilbert Hernandez publiera également Maria M. Le concept de cet album est intéressant : La Maria en question est la mère de Luba, personnage clé de l'univers de cet auteur, et de ses deux demi-sœurs, Fritz et Petra. Gilbert Hernandez a déjà raconté l'histoire de Maria dans un de ses chefs-d’œuvre, Poison River. Maria M raconte le film qui narre la vie de Maria, incarnée dans le film par sa propre fille, Fritz, actrice de série B (voire Z dans certains cas...). Original, non ? Cela peut donner lieu à une relecture intéressante. Le risque est que Gilbert Hernandez en profite pour tirer l'histoire vers plus de sexe et de violence gore, comme il aime le faire depuis quelques années... Nous verrons bien à la rentrée.

De ce côté de l'Atlantique, cela fleure bon la science-fiction : Fabrice Neaud a annoncé il y a quelques jours avoir terminé le deuxième volume de Nu Men, Quanticafrique (voir ici pour le premier tome). La publication en est annoncée pour fin août.

Universal War One, de Denis Bajram, avait constitué une des découvertes majeures de la fin des années 1990, hissant son auteur au panthéon des auteurs francophones. L'événement de la rentrée est donc la sortie du premier tome d' Universal War Two, deuxième cycle de six volumes (un troisième cycle, de six volumes aussi, est prévu également). Le magazine Casemate a publié deux articles à ce sujet (avec à chaque fois, un dessin de Denis Bajram en couverture), ce qui nous a permis de lire deux entretiens avec l'auteur et quelques pages de ce nouveau cycle commentées par lui.

Enfin, la fin de l'année sera l'occasion de retrouver un grand classique de la bande dessinée de science-fiction francophone : Christin et Mézières revienne avec un nouveau Valérian (même si le précédent avait été annoncé comme étant le dernier). Il s'agira de récits courts qui viennent s'intercaler entre les différents épisodes de la saga. Retrouver le trait si vif de Mézières est toujours un vif plaisir... On peut écouter Mézières en parler dans cette vidéo.

vendredi 28 juin 2013

Mort de l'éditeur américain Kim Thompson (1956-2013)

Kim Thompson, éditeur, critique et traducteur américain de bandes dessinées, est mort le 19 juin 2013, à l'âge de 56 ans.

Il n'est pas forcément très connu en France. Ce fut pourtant l'une des personnes les plus influentes de la bande dessinée mondiale depuis le début des années 1980.

Né au Danemark, élevé en partie en Europe, il a toujours eu un intérêt pour ce qui se passait des deux côtés de l'Atlantique. Parmi ses contributions marquantes à la bande dessinée, on peut citer en priorité sa participation régulière au magazine The Comics Journal, référence dans le domaine, son rôle de tout premier ordre dans la maison d'édition Fantagraphics (avec Gary Groth) et sa vocation de passeur entre l'Europe et les États-Unis, en traduisant et publiant en Amérique du Nord quelques grands classiques européens.

Il est difficile de surestimer l'importance de Fantagraphics depuis sa création ; il s'agit en effet peut-être du meilleur éditeur de bande dessinée au monde depuis 40 ans. Son catalogue est ahurissant de qualité : il regroupe les plus grands auteurs du comics américain underground ou d'auteurs, de Robert Crumb (son intégrale) aux frères Hernandez (Love and Rockets) en passant par Chris Ware (les premiers volumes de l' Acme Novelty Library), Dan Clowes (Eightball, Ghost World), Jessica Abel et bien d'autres. Fantagraphics a également entrepris de rééditer les intégrales de certains des plus grands classiques américains, souvent introuvables depuis longtemps, voire jamais édités complètement : George Herriman et son fabuleux et surréaliste Krazy Kat, Charles Schulz et ses Peanuts, Hal Foster et son Prince Valiant, le Picsou de Carl Barks, le Mickey de Floyd Gottfredson, Winsor McCay et son Little Nemo, Popeye d'Elzie Crisler Segar, Pogo, de Walt Kelly et bien d'autres encore.

En complément à ce déjà fabuleux catalogue, Kim Thompson y a introduit ses classique européens préférés, qu'il a souvent traduits lui-même : Joost Swarte, David B., Émile Bravo, Killoffer, Jacques Tardi, Lewis Trondheim, Nicolas Mahler, Igort, Jason, Max, Maurice Tillieux, Macherot...

Merci infiniment à ce grand monsieur. Sans lui, la bande dessinée mondiale serait différente, probablement beaucoup moins riche...

mercredi 22 mai 2013

Mort du compositeur Henri Dutilleux (1916-2013)

Je viens d'apprendre la mort du compositeur français Henri Dutilleux.

J'apprécie beaucoup ses oeuvres orchestrales et concertantes (sa Symphonie n° 2, de 1959, Métaboles, de 1965, The Shadows of Time, de 1997, Tout un monde lointain, de 1970), d'une grande richesse instrumentale. Il est parvenu à concilier une certaine modernité à une relative accessibilité de ses oeuvres, ce qui a très certainement contribué à faire de lui un des compositeurs français du XXe siècle parmi les plus joués et les plus renommés.

dimanche 19 mai 2013

Marble Season, de Gilbert Hernandez (2013)

En plus de la série des Love and Rockets, qu'il a entreprise en 1981 avec ses frères, Gilbert Hernandez publie également des romans graphiques indépendants. Certains sont très trash (un des plus récents met en scène une femme qui passe son temps a tuer des zombies en leur explosant littéralement la tête...), beaucoup trop pour moi. Mais il dessine aussi de superbes récits d'enfants. Il a ainsi publié il y a quelques mois The Adventures of Venus, mettant en avant un des nombreux personnages de sa grande fresque tournant autour du village de Palomar et de l'inénarrable Luba et sa famille.

Marble Season est particulier dans la mesure où la teneur autobiographique est très marquée : ce Huey, fan de comics, avec ses deux frères, qui vit dans les années 1960, dans une banlieue où coexistent des Blancs et des Hispaniques, ressemble beaucoup au jeune Gilbert Hernandez.

Gilbert nous livre une suite de saynètes, dans un style extrêmement dépouillé : six cases de même taille par page, ni voix off, ni texte narratif, des décors réduits au minimum, des adultes invisibles...

Ce qui intéresse Gilbert Hernandez, ce sont les relations entre les enfants, leurs jeux parfois étranges, leur évolution d'un stade réellement enfantin vers des préoccupations pré-adultes. La subtilité du récit, l'art de la narration, permettent de ressusciter avec beaucoup de finesse le monde de l'enfance, ses rêves, ses angoisses et ses interrogations (morales notamment).

Encore une grande réussite.