Affichage des articles dont le libellé est astérix. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est astérix. Afficher tous les articles

mercredi 24 octobre 2012

Les trois gloires de René Goscinny

35 ans après sa mort, René Goscinny continue de faire la une de l'actualité : nouveaux albums de Lucky Luke, nouvel essai qui lui est consacré et, surtout, sortie au cinéma d'un nouveau film d'Astérix. Mais ce n'est pas ces événements qui, à mon sens, sont les conséquences les plus intéressantes de son œuvre.

Je citerai aujourd'hui trois apports de René Goscinny au monde de la bande dessinée, du plus visible au moins connu et, peut-être, du moins important au plus important.

René Goscinny est d'abord un scénariste extrêmement talentueux, qui a écrit de nombreux albums très drôles, d'Oumpah-Pah à Astérix (avec Albert Uderzo), en passant par Spaghetti (avec Dino Attanasio), Lucky Luke (avec Morris), Iznogoud (avec Jean Tabary) et bien d'autres, et qui en a vendu des millions d'exemplaires.

Mais Astérix n'est pas seulement une des bandes dessinées les plus vendues dans le monde et une des séries humoristiques les plus réussies. C'est également, et c'est là le deuxième grand apport de René Goscinny à la bande dessinée, une des premières séries à viser explicitement un public autre que les enfants. Il faut se souvenir qu'à l'époque des débuts d'Astérix l'essentiel des séries visait essentiellement un public enfantin ; la série phare était Tintin. Bien que certains adultes se rendaient bien compte de la qualité des albums de Hergé, la cible explicite de ceux-ci était les enfants de 7 à 15 ans. Ceux-ci devaient être en mesure de tout comprendre aux tribulations du reporter à la houppe. René Goscinny et Albert Uderzo voulurent changer cela ; ils désiraient écrire des albums qui pourraient les faire rire eux-mêmes, ou d'autres adultes. Ils n'hésitèrent donc pas à introduire des jeux de mots et des allusions à l'actualité, des personnages, notamment féminins (Falbala en tête), ayant des défauts et des traits de caractère d'adultes, entre autres, qui n'étaient pas forcément compréhensibles par les lecteurs habituels de bande dessinée de l'époque. Pour la première fois dans la bande dessinée grand public, les adultes s'apercevaient qu'ils pouvaient lire ouvertement une bande dessinée, sans prétexter que c'était un livre qui appartenait à leurs enfants.

Le troisième apport majeur de René Goscinny à la bande dessinée, probablement le moins connu du grand public, mais peut-être le plus important fut son rôle de découvreur, de conseiller, de parrain (au bon sens du terme) pour toute une génération d'auteurs de bande dessinée. Très influencé par les auteurs de Mad, Harvey Kurtzman et ses amis, qu'il avait rencontrés aux États-Unis, il a su introduire en France leur humour fondé sur la dérision et le nonsense : il créa notamment les Dingodossiers avec Marcel Gotlib ; celui-ci sut retenir les leçons de son mentor et de ses amis américains en créant la Rubrique-à-Brac et Cinémastock, avec Alexis. En tant que rédacteur en chef de Pilote de 1963 à 1974 (en tandem avec Jean-Michel Charlier), il sut encourager une nouvelle génération de jeunes (ou moins jeunes) auteurs talentueux, Greg (qui y créa Achille Talon), Jean Giraud (avec Blueberry) qui devint Moebius, Jean-Claude Mézières et Pierre Christin (et leur bientôt célèbre Valérian), F'murrr (avec son délirant Génie des alpages), Claire Brétécher (avec Cellulite), Philippe Druillet, Fred et bien d'autres. Quand Hara Kiri fut interdit par la censure, il accueillit certains de ses auteurs, Gébé, Reiser, Cabu, dans les pages de Pilote. Il faut lire les numéros de Pilote de cette période pour se rendre compte à quel point René Goscinny avait su créer une équipe d'auteurs divers, talentueux et soudés. Les pages d'actualité, dans lesquelles les auteurs de l'hebdomadaire commentaient en commun l'actualité, font transparaître un fantastique esprit d'équipe et sont très souvent désopilantes.

Certes, il a eu ses limites. Son refus catégorique de tout ce qu'il assimilait à de la scatologie (pas de fesse dans Pilote) ou des récits trop contemplatifs ou personnels ont conduit certains des auteurs les plus talentueux de Pilote à quitter l'hebdomadaire pour fonder d'autres journaux. Mandryka se vit refuser par René Goscinny une histoire dans laquelle le Concombre Masqué regardait pousser des cailloux ; Gotlib voulait pouvoir dessiner des seins et des fesses et laisser libre cours à un humour parfois "pipi caca". Ils allèrent fonder L'Écho des Savanes avec Claire Brétécher. Mais ces auteurs, férus de psychanalyse, avaient probablement besoin de "tuer le père". Ils ne manquèrent pas, par la suite, de rappeler à maintes reprises tout ce que René Goscinny leur avait apporté.

Bref, René Goscinny fut probablement, au-delà même de son rôle d'auteur, une des personnalités les plus importantes de la bande dessinée franco-belge de la seconde moitié du XXe siècle. Il sut découvrir et encourager des auteurs novateurs dans des styles très différents ; il contribua fortement à faire apparaître une bande dessinée plus diverse, plus adulte, plus tournée vers le monde contemporain.

mercredi 27 juin 2012

Albert Uderzo, influences, styles et encrage

Malgré le succès phénoménal d'Astérix, le style d'Albert Uderzo dans cette série reste résolument à part. Certes, le style humoristique franco-belge, dit à "gros nez", est en grande partie issue d'une synthèse du dessin d'André Franquin et de celui d'Albert Uderzo. Il n'en reste pas moins que si on le compare aux deux autres grands maîtres de la bande dessinée francophone que sont Hergé et Franquin, il est plus difficile de tracer la généalogie et les suiveurs du style d'Uderzo.

Hergé a été clairement influencé par McManus (La Famille Illico, ou Bringing up father en version originale) et Alain Saint-Ogan (Zig et Puce). Et son influence fut grande parmi les dessinateurs issus de son studio ou publiant dans le journal de Tintin. De même, Franquin fut très influencé par son maître Jijé, des mains duquel il reprit Spirou, et son influence fut grande, voire écrasante dans bien des cas, pour les dessinateurs humoristiques publiant dans le journal de Spirou.

Rien de tel pour Uderzo : ses influences sont moins connues et il n'eut pas de suiveur aussi flagrant que ceux de Hergé ou de Franquin. Son style fait encore figure d'anomalie magnifique, sans ascendance claire et sans descendance flagrante, dans le paysage de la bande dessinée francophone.

En ce qui concerne ses influences, Uderzo n'a jamais caché l'importance de Walt Disney (et notamment du Mickey de Floyd Gottfredson) sur sa vocation. Mais Walt Disney eut également une influence très forte sur la vocation de Hergé ou Franquin (ce dernier ayant initialement rêvé de travailler dans le dessin animé). Si l'on veut chercher une des origines de la spécificité du style d'Uderzo, il faut plutôt chercher du côté des dessinateurs réalistes de l'âge d'or des comic strips américains, Alex Raymond en tête, Leonard Starr ou Stan Drake, entre autres, ensuite. Il n'est pas anodin qu'Uderzo ait dessiné quelques pages de Captain Marvel Junior (en 1950) ainsi qu'une histoire complète, Clairette, sur scénario de Jean-Michel Charlier, dans Paris Flirt (!) en 1957-1958. Ce récit à l'eau de rose était inspiré, pour le scénario comme pour le dessin, des strips romantiques américains et de leur réalisme photographique. C'est à l'école de ces maîtres américains du noir et blanc qu'Uderzo forgea son style réaliste, avec une grande maîtrise des cadrages les plus variés, une grande sûreté et une grande précision du trait, un encrage fin et précis.

Cet héritage ne fut pas forcément visible tout de suite dans Astérix. ALbert Uderzo réserva pendant quelques années cette assurance technique et ce trait sec et précis à ses séries réalistes, Tanguy et Laverdure notamment (entre 1959 et 1966). Cependant lorsque, pris par le succès d'Astérix, Uderzo arrêta toutes ses autres collaborations au profit de sa série phare, ses différents styles fusionnèrent en un seul. Il intégra alors la force de son desin réaliste au sein d'Astérix. À partir de cette époque, le trait d'Astérix se fit plus fin, l'encrage plus subtil. On arrive alors assez vite à un encrage aux traits extrêment peu épais, notamment dans les décors. Ceci est peu habituel dans un dessin humoristique où la schématisation des traits va souvent de pair avec un trait un peu plus épais. Je viens ainsi de relire Astérix en Hispanie. Quelle finesse dans le traitement des paysages de montagne ! quelle subtilité dans la peinture des flots marins ! Cette intégration du style réaliste photographique issu des meilleurs auteurs américains et du dessin humoristique le plus caricatural donna des résultats fantastiques et inimaginables auparavant : comment concilier dans une même bande l'exagération difforme du personnage d'Obélix, avec ses bras et ses jambes atrophiés (ce personnage, vu ses proportions, ne peut pas croiser les jambes, à peine les bras !), avec la dignité de Jules César, rendue par un réalisme à peine caricaturé et un encrage d'une grande précision. Cette conciliation des extrêmes se fait pourtant sans difficulté apparente dans les albums d'Astérix, avec un sommet dans Astérix chez les Belges.

C'est ainsi, en fusionnant des styles d'origines extrêmement diverses, du schématisme humoristique de Floyd Gottfredson au réalisme photographique d'Alex Raymond, qu'Albert Uderzo parvint dans Astérix à un style si original et si riche, alliant la force humoristique du dessin le plus caricaritural à la sûreté de trait et à la finesse d'encrage des meilleurs dessinateurs réalistes.

jeudi 22 septembre 2011

Michel Serres et Astérix : Le ciel est-il tombé sur la tête du philosophe ?

Cela fait déjà un énorme "buzz" sur Internet ; après hésitation, je ne peux m'empêcher de réagir à mon tour à l'intervention récente de Michel Serres sur Astérix. Le philosophe a en effet parlé sur France Info de la bande dessinée de René Goscinny et Albert Uderzo le dimanche 18 septembre.

Il critique trois points : 1) « Tous les problèmes se résolvent à coups de poings » ; 2) il assimile la potion magique à de la drogue et à des produits dopants et en conclut donc que « les albums d'Astérix font l'éloge de la drogue » ; 3) le sort peu enviable réservé au barde Assurancetourix révèle pour lui un « mépris forcené de la culture ».

Bon. On peut passer sur le fait que ces critiques ne sont ni originales, ni récentes (je crois me souvenir que la série avait déjà essuyé ce type de commentaires du vivant de Goscinny). Passons également sur le fait que Michel Serres rejoint ainsi des cohortes de soi-disant pédagogues qui ont cherché à montrer le côté anti-éducatif de la bande dessinée (justifiant ainsi des décennies de censure le plus souvent aveugle et stupide).

Je vais rapidement essayer de reprendre les trois points évoqués par Michel Serres : 1) On ne peut nier l'importance de la force brutale dans les albums d'Astérix. Mais celle-ci ne suffit jamais. En effet l'intrigue de la quasi-totalité des albums part du principe que jamais les Romains ne pourront vaincre les Gaulois par la force ; dans chaque histoire, ceux-là mettent donc en œuvre des moyens autres de réduire la résistance de ceux-ci : il peut s'agir de la prise d'un otage (Astérix Légionnaire ou Astérix Gladiateur), de l'appât du gain (Obélix et Compagnie), de l'attrait du pouvoir (Le Cadeau de César), de la zizanie (dans l'album éponyme). Tout l'enjeu pour nos héros est donc de surmonter ces crises en faisant appel à leur courage, leur intelligence ou, surtout, leur amitié. 2) La potion magique comme métaphore de la drogue ? C'est un peu facile mais pourquoi pas. Cela pourrait être le symbole de bien d'autres choses : la volonté de résister, l'esprit d'équipe, etc. On peut noter que dans Astérix chez les Bretons, boire du thé, et non de la potion magique, suffit pour donner la force de vaincre les Romains. Et si parfois le courage, la foi dans sa cause et la cohésion suffisaient ? 3) La culture n'est en effet pas à l'honneur dans Astérix : les villageois préfèrent boire, rire, manger et se battre plutôt que d'écouter le barde. J'ai tendance à considérer qu'Assurancetourix a un rôle comique très similaire à celui de la Castafiore chez Tintin. Je ne sais pas si Michel Serres, tintinophile fervent a critiqué de la même façon dans l'œuvre d'Hergé un « mépris forcené de la culture » en évoquant la cantatrice.

Ces trois critiques sont donc un peu datées et très discutables. On aura compris qu'elles ne me convainquent pas mais si Michel Serres veut créer un buzz avec des attaques comme celles-ci, c'est son droit. Cela ne m'intéresse pas outre mesure mais cela ne me gène guère.

Ce qui me choque en revanche profondément, c'est le dérapage avec lequel Michel Serres conclut sa chronique ; il termine en effet en affirmant que les traits qu'il a relevés, « c'est l'éloge du fascisme et du nazisme ». Je ne m'appesantirai pas aujourd'hui sur le fascisme, aux contours idéologiques flous (il est suffisamment peu défini pour être resservi à toutes les sauces). Mais je voudrai rappeler à Michel Serres que le nazisme est une idéologie qui s'appuyait sur la pureté du sang allemand, sur la suprématie du peuple germanique et sur l'extermination des Juifs. Rappelons-lui également que le nazisme a mis en pratique ces principes au-delà de tout ce qui peut se concevoir, notamment par le biais de la « solution finale ». Évoquer ainsi le nazisme pour qualifier l'oeuvre d'Albert Uderzo, immigré italien, et de René Goscinny, juif, qui insistaient d'abord et avant tout sur la force de l'amitié, est tout bonnement scandaleux. Il est malheureusement trop courant que des esprits, pourtant réputés éclairés comme Michel Serres, tombent ainsi dans des délires verbaux dignes (ou plutôt indignes) des pires dérapages trollesques de forums Internet incontrôlés. Parler de nazisme en commentant l'oeuvre ou les actes d'une ou plusieurs personnes est une accusation d'une extrême gravité et qui, en principe, ne devrait être faite qu'avec la plus radicale prudence.

mercredi 16 mars 2011

Ma bédéthèque idéale, 2e partie : des années 1940 aux années 1960

Années 1940.

Blake et Mortimer d'Edgar P. Jacobs (1946-1971, Belgique).
Des intrigues très bien ficelées au rythme parfaitement travaillé. Une recherche constante d'amélioration ont également conduit Jacobs à innover constamment, sur la plan graphique notamment dans les domaines de la composition des planches et de l'utilisation de la couleur au service de l'ambiance de ses récits.

The Spirit de Will Eisner (1946-1952, États-Unis).
Un héros masqué qui arrête des bandits en sept pages. Cette trame de base devient un simple prétexte au lendemain de la Guerre. Les récits deviennent alors un mélange d'innovations formelles, d'humour et de descriptions plein d'humanité et de tendresse de seconds rôles attachants.

Uncle Scrooge de Carl Barks (1947-1965, États-Unis).
Employé dans une multinationale américaine du divertissement, Carl Barks a critiqué l'appât du gain au travers de Picsou et a inventé une foule d'antihéros loin d'être des modèles qui allaient marquer des millions de lecteurs.

Pogo de Walt Kelly (1948-1975, États-Unis).
Un trait tout en rondeur extrêmement plaisant et des récits délirants où chaque case renferme de nombreux gags. Ces histoires sont malheureusement épuisées en français comme en anglais mais il est possible d'en lire quelques-unes sur Internet (notamment sur cet excellent blog).


Années 1950.

Mad de Harvey Kurtzman et al. (1952-1956, États-Unis).
Harvey Kurtzman, accompagné de dessinateurs virtuoses (Wally Wood, Will Elder, Jack Davis, etc.) révolutionne avec Mad l'humour en bande dessinée. Parodies, second degré, arrières-plans délirants. René Goscinny, qui fut leur ami, et Gotlib, entre autres, s'en souviendront...

Peanuts de Charles M. Schulz (1955-1965, États-Unis).
Que dire à propos des Peanuts ? À la fois l'une des bandes dessinées les plus vendues (voire la plus vendue) au monde et l'une des plus appréciées de la critique. Quelques enfants et animaux dans un monde sans adulte mais pas sans cruauté. Pauvre Charlie Brown...

Master Race de Bernard Krigstein (1955, États-Unis).
De cet auteur, je ne connais que ce récit de huit pages, récemment publié dans un hors série de Beaux-Arts magazine (dont l'achat est amplement justifié par ce récit à lui seul). Extraordinaire évocation du génocide, quinze ans avant Maus.

L'Éternaute de Héctor Germán Oesterheld et Francisco Solano López (1957-1959, Argentine).
Peut-être la meilleure bande dessinée de science-fiction. Oesterheld invente des extra-terrestre terrifiants et crédibles et nous narre les mésaventures d'humains ordinaires devant les affronter.

Lucky Luke de René Goscinny et Morris (des Rails sur la prairie au Fil qui chante, 1957-1977, Belgique).
Goscinny et Morris revisitent l'ensemble de l'histoire de l'Ouest avec beaucoup d'humour.

Astérix de René Goscinny et Albert Uderzo (d'Astérix le Gaulois à Astérix chez Rahazade, 1959-1987, France).
Comique de situation, critique sociale, jeux de mots, finesse psychologique (ah, La Zizanie...), humour visuel : Tout contribue à faire de cette bande dessinée une des plus drôles qui soit. Avec cette série Goscinny montrait au grand public francophone que la bande dessinée ne s'adressait pas exclusivement aux moins de 15 ans. Des mêmes auteurs, on pourra lire Oumpah-Pah, très drôle également.


Années 1960.

Œuvres d'Alberto Breccia (à partir de Mort Cinder, 1962-1993, Argentine).
Un des dessinateurs les plus innovants que je connaisse. Ses recherches formelles et graphiques n'ont guère équivalent dans la bande dessinée.

Œuvres de Robert Crumb (depuis 1963, États-Unis).
Dessinateur exceptionnel, fin autobiographe et peintre social subtil.

Œuvres de Jean-Claude Forest (de Barbarella à Enfants, c'est l'Hydragon qui passe, 1964-1984, France).
Un des plus grands poètes (avec Fred, mais dans un autre genre) de la bande dessinée francophone. Textes ciselés et imaginatifs, dessins pleins de fougue et de liberté.

Mafalda de Quino (1964-1973, Argentine).
Mafalda est une gamine impertinente qui pose un regard sans concession, mais très drôle, sur sa famille, son pays et le monde qui l'entoure.

Gaston Lagaffe d'André Franquin (des Gaffes en gros à la Saga des gaffes, 1965-1982, Belgique).
André Franquin est, à juste titre, un des auteurs les plus admirés de la bande dessinée francophone. Son garçon de bureau, aux inventions loufoques, élève la paresse au rang des beaux arts.

Philémon de Fred (depuis 1965, France).
L'univers du A est riche en poésie et en personnages loufoques. Fred brise tous les carcans de la bande dessinée traditionnelle, tant narratifs que graphiques.

Achille Talon de Greg (1966-1977, Belgique).
Avec Achille Talon, désopilant petit bourgeois pédant et bavard, Greg, auteur prolifique, scénariste pour Hergé et Franquin et talentueux rédacteur en chef du journal Tintin entre 1965 et 1974, livre son chef-d'œuvre.

Corto Maltese de Hugo Pratt (de La Ballade de la mer salée à Fable de Venise, 1967-1981, Italie).
Sur les pas de Stevenson, de Conrad et de Borges, avec Pratt souffle un vent d'aventure romanesque dans la bande dessinée.

Valérian et Laureline de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières (1967-2010, France).
Une série d'aventure de science-fiction d'où le second degré n'est jamais absent. Le superbe et très imaginatif dessin de Mézières au service des intrigues de Christin, introduisant dès les années 1960 de l'écologie et du féminisme, entre autres, dans ses intrigues.

Rubrique-à-Brac de Marcel Gotlib (1968-1972, France).
Après avoir été coaché par René Goscinny dans les Dingossiers, Marcel Gotlib réinvente la bande dessinée d'humour francophone en quelques années avec sa Rubrique-à-Brac, notamment sur les pas des auteurs de Mad.

dimanche 1 novembre 2009

L'anniversaire d'Astérix et Obélix (2009)


Alors... Que penser du dernier Astérix ?
Cela dépend de ce que l'on en attend. Quelqu'un qui, comme moi, apprécie énormément le dessin d'Uderzo aura plaisir à trouver dans cet album une dizaine de nouvelles pages de bande dessinée de la main de ce grand dessinateur et quelques savoureux dessins inédits. Tous ceux qui attendent une aventure pleine de souffle et d'humour peuvent probablement s'abstenir de lire ce « livre d'or » destiné à fêter le cinquantième anniversaire du plus populaire héros français de bande dessinée...

Si l'on entre davantage dans le détail, que trouve-t-on dans cet album ?
Une amusante couverture, tout d'abord, bien dans l'esprit de Goscinny et d'Uderzo, toujours prompts à se moquer de leur réussite.
Les planches 1 à 5 constituent 5 de la dizaine de planches inédites dessinées par Uderzo spécialement pour cet album. Elles mettent en scène nos héros vieillis de cinquante ans. Même si les années se font sentir et que le trait d'Uderzo n'a plus toujours la vivacité et la précision d'antan, il reste un dessinateur exceptionnel.
Dans les 2 planches suivantes sont recyclés d'anciens dessins d'Obélix à travers les âges. Dessinés il y a quelques années par Uderzo, ils sont coincés entre des apparitions de Mme Agécanonix qui, elles, constituent le début des dessins de remplissage qu'Uderzo a délégués à ses assistants (il s'agit peut-être des mêmes que ceux qui avaient dessiné un récit intitulé l'Antiquaire dans la première édition de La rentrée gauloise ; si ce sont eux, bien qu'ils aient progressé depuis ce premier essai, leur trait reste relativement médiocre).
Suivent trois planches datant de 2004 et publiées initialement dans le hors série de Lire consacré à Axtérix. On trouvera dans le reste de l'album 5 autres pages dessinées par Uderzo : la planche 25 et les planches 46 à 49.
Le reste de l'album reprend de nombreux documents inédits, souvent encrés pour l'occasion, parfois recadrés ou modifiés, reliés entre eux de façon assez lâche par des cases dessinées par le studio d'Uderzo.
Cet album permet donc de découvrir une douzaine de pages de bande dessinée de la main d'Uderzo, dont 9 ou 10 dessinées spécialement pour l'occasion, et de rassembler de très nombreuses illustrations inédites. Les fanatiques d'Astérix, dont je suis, ne peuvent que s'en réjouir.
Mais la forme de ce recueil laisse beaucoup à désirer... Publier pour les 50 ans d'Astérix un recueil comprenant les quelques pages dessinées par Uderzo, en y adjoignant les dessins inédits et le texte de Goscinny, le tout éventuellement relié par quelques textes explicatifs, aurait probablement permis d'éditer un « livre d'or » tout à fait convenable. Vouloir à tout prix en faire un « vrai » album en bouchant les trous avec des pages dessinées par l'atelier d'Uderzo et en modifiant certains dessins inédits aboutit à un objet hybride et peu convaincant...

[Pour les plus mordus, j'ai cherché à lister les dessins et textes inédits de la main d'Uderzo ou de Goscinny (j'en oublie certainement) :
  • planche 12, strip 2, case 3 : Astérix déprimé, dessin inédit ;
  • planche 13 : strip 1 : extraits des model sheets dessinés par Uderzo à l'intention des auteurs des dessins animés d'Astérix ;
  • planches 14 à 19 : texte de Goscinny publié dans Pilote en 1966 ;
  • planche 16 : quelques dessins inédits, notamment une publicité pour une attraction du parc Astérix et une illustration extraite de Pilote ;
  • planche 19 : 2 dessins extraits de Pilote et un dessin des années 1980 illustrant une passion d'Uderzo, les Ferrari ;
  • planche 20 : illustrations publiées dans Pilote à l'époque d'Astérix et Cléopâtre, Astérix légionnaire et Astérix chez les Bretons ;
  • planche 23 : strip 3, case 4 : illustration datant probablement des années 2000 ; strip 4, case 2 : illustration de 1999 ;
  • planche 24, strip 1, case 2 : extrait d'un hommage à Dany ;
  • j'ai un doute pour la planche 25 : il est tout à fait possible qu'elle soit de la main d'Uderzo ;
  • planche 27, strip 2 : illustrations pour le Parc Astérix ; strip 3, case 3 : illustration de 1999 ;
  • planche 28 : illustrations pour le Parc Astérix ;
  • planche 29 : dessin extrait de Pilote ;
  • planche 30 : strip 1, case 3 : illustration de 2002 ; strip 2, case 1 : illustration pour le Parc Astérix ; strip 2, case 2 : extrait de Pilote ; strip 3, case 1 : illustration (années 2000 ?) ; strip 3, case 2 : extrait des model sheets ;
  • planches 33 à 35 AB : 'making of' humoristique d'Astérix et Latraviata, publié initialement dans un album à tirage limité en 2001 ;
  • planche 35 : ancien dessin, déjà recyclé pour ouvrir les albums d'Astérix publiés chez Albert René ;
  • planche 36 : 3 cases dessinées à l'occasion de la sortie du premier film Astérix ;
  • planche 37, strip 2 : l'affiche portée par Obélix est une refonte de la couverture originale de La Rose et le Glaive (modifiée pour l'album car jugée trop agressive), les deux personnages ont été dessinés pour le journal Pilote ;
  • les planches 46 à 49 sont de nouveau de la main d'Uderzo, l'humour en est... peu raffiné...
  • l'album se clôt sur une double page réunissant de nombreux personnages des aventures d'Astérix, peut-être dessinée par Uderzo.]


lundi 26 octobre 2009

Falbala, Uderzo et la psychologie par le dessin

Parlons un peu d'Astérix, en ce cinquantième anniversaire de sa création...

La page ci-contre [© Uderzo, Goscinny et les éditions Hachette] (ainsi notamment que la demie-page qui la précède, que je vous conseille d'aller revoir), extraite d'un des meilleurs albums de la série, Astérix légionnaire, m'a toujours fasciné. En quelques cases, Uderzo résout un problème vieux comme la bande dessinée : comment caricaturer une jolie fille ? Comment faire intervenir un personnage au physique de jeune première dans une série humoristique autrement que comme faire-valoir esthétique ?


Dès le début du 19e siècle, Töpffer, un des premiers auteurs et théoriciens de la bande dessinée, note dans son Essai de physiognomonie, qu' « il devient plus difficile d'imprimer l'expression par le trait graphique à des visages ou purs de trait, ou seulement jeunes (…) parce que ces plissures, en même temps qu'elles expriment, elles altèrent et vieillissent. » En d'autres termes : la bande dessinée humoristique cherche à camper des personnages stylisés, facilement identifiables, de façon caricaturale (cela a notamment donné au style dit 'gros nez' cher à de nombreux auteurs francophones), ce qui permet de mettre en valeur les expressions des personnages, mais au prix de déformations de ceux-ci, principalement au niveau des visages. On se trouve alors devant le dilemme suivant : ou un visage est pur et beau, mais il est peu expressif, peu propice au comique ; ou il est caricatural, humoristique, mais au prix de déformations qui le rendent moins pur, moins beau.
Uderzo surmonte cette difficulté avec une superbe élégance. Au repos, Falbala incarne l'archétype de la « jolie fille » de bande dessinée. La caricature ne se situe nullement au niveau de la déformation des traits, contrairement à ce qui est le cas pour la plupart des personnages masculins qui l'entourent, mais au niveau des gestes, des mimiques, du 'jeu de scène' de Falbala. Observez ses mains, le dessin de sa bouche, la façon dont elle se recroqueville dans le deuxième strip de la planche 8, celle dont elle se relève au troisième : Uderzo parvient à outrer les mouvements de son héroïne, à la caricaturer (avec beaucoup de tendresse, certes), sans jamais déformer ses traits, sans jamais l'enlaidir.
Ceci explique, à mon avis, au moins partiellement, la très grande popularité de Falbala parmi les lecteurs d'Astérix : en la caricaturant ainsi, Uderzo rend Falbala, sans rien lui retirer de son charme, beaucoup plus vivante, et de ce fait plus attachante, que la plupart de ses consoeurs de papier...