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mardi 11 février 2020

Décès de Claire Brétécher (1940-2020)

Claire Brétécher vient de mourir. C’était vraiment un personnage hors norme du monde de la bande dessinée francophone. Bien sûr, c’était une femme à une époque où les autrices étaient exceptionnelles dans le petit monde de la bande dessinée. Elle a réussi à s’élever à la hauteur des plus grands auteurs de son époque. Et certains de ses collègues masculins, Marcel Gotlib en tête, ne cessaient de vanter à la fois son talent et sa beauté...

Mais c’est d’abord par son talent, très grand et tout à fait original qu’elle a marqué son époque.

Son trait, d’apparence très spontané et peu généreux pour ses personnages, détonnait au milieu du dessin humoristique classique de ses collègues, qui s’inspiraient presque tous de Hergé ou de Franquin, voire d’Uderzo dans une moindre mesure. Elle débuta dans Tintin à partir de 1965 puis dans Spirou à partir de 1967. Elle fut ensuite invitée par René Goscinny, qui avait l’œil pour repérer les talents originaux, pour prendre part à l’aventure du journal Pilote de la grande époque. Elle en partit pour fonder en 1972, avec Nikita Mandryka et Marcel Gotlib, L’Écho des savanes, l’une des premières revues fondées par des auteurs iconoclastes qui allaient révolutionner la bande dessinée dans les années 1970. Elle fut également appelée par Franquin, l’un de ses très nombreux admirateurs, pour participer à l’expérience du Trombone Illustré en 1978.

Surtout, elle a insufflé dans la bande dessinée francophone un souffle de critique sociologique qui y était inconnu jusqu’alors. Ses Frustrés firent les beaux jours du Nouvel Observateur et proposaient chaque semaine à ses lecteurs le portrait d’une certaine bourgeoisie intellectuelle contemporaine (on ne parlait pas encore de « bobos » à l’époque) dans des saynètes très drôles et bien senties, avec un ton jamais vu dans les séries de ses collègues (l’œuvre la plus proche était probablement les tout aussi formidables Explainers de Jules Feiffer, de l’autre côté de l’Atlantique). Roland Barthes la considérait même comme « la plus grande sociologue de l’année 1975 ».

Il n’y eut pas que cela : la médiévale Cellulite, l’adolescente Agrippine, le « bobologue » docteur Ventouse étaient également très drôles et en phase avec leur époque.

dimanche 4 décembre 2016

Marcel Gotlib (1934-2016) est mort

Marcel Gotlib est mort aujourd'hui à 82 ans. Il a incontestablement laissé une marque extrêmement forte sur la bande dessinée francophone. En quelques années, assez resserrées (l'essentiel de son œuvre fut dessinée entre 1965 et 1989), il dessina des œuvres et participa à plusieurs aventures parmi les plus marquantes de la bande dessinée.

Il commença sans fracas, mais déjà avec talent, dans le journal Vaillant (ancêtre de Pif), entre 1962 et 1971, avec Nanar et Jujube, série rebaptisée Gai-Luron quand ce dernier, improbable héros, Droopy hexagonal, prit le premier rôle.

Il rencontra ensuite Goscinny, qui avait bien retenu les leçons d'humour des amis qu'il avait rencontrés aux etats-unis, notamment Harvey Kurtzman, fondateur du magazine Mad. Avec lui, Gotlib créa les Dingodossiers, bijou d'humour délirant, dans un style alors tres détonant par rapport aux séries humoristiques francophones (de 1965 à 1967). Dans une veine similaire, mais qu'il sut très vite adapter à son talent propre, il dessina pendant entre 1968 et 1973 la Rubrique-à-Brac, chef-d'œuvre d'humour "glacé et sophistiqué" (avec quelques superbes touches d'émotion comme lorsqu'il parle de la naissance de sa fille ou de sa jeunesse pendant la guerre). En parallèle, il était un des piliers de l'animation du journal, introduisant un ton décalé avec quelques autres (toujours sous la houlette de Goscinny) dans les marges de Pilote.

Il finit toutefois à se sentir un peu à l'étroit. Il voulait notamment s'affranchir du veto strict de Goscinny concernant tout ce qui touchait à la scatologie ou au sexe. Il créa alors avec deux autres rebelles extrêmement talentueux, Nikita Mandryka et Claire Bretecher, l'Écho des savanes. De 1972 à 1974, ils publièrent ensemble quelques numéros, qu'ils dessinaient quasiment intégralement seuls, à six mains. Las, ils n'étaient pas gestionnaires, L'Écho eut des soucis financiers et Mandryka continua l'aventure seul. Gotlib n'était pourtant pas dégoûté de la presse et créa en 1975 un autre magazine, mais avec un ami pour s'occuper de la partie administrative cette fois. Ce fut Fluide glacial, qui marqua la presse de bande dessinée pendant des années avec un humour bien particulier. Gotlib y accueillit des auteurs expérimentés qu'il appréciait (comme Franquin qui y dessina une bonne partie de ses Idées Noires, ou Forest). Fluide Glacial vit également éclore de nombreux auteurs très talentueux, très inspirés de Gotlib, mais avec de riches personnalités : Maester, Binet, Goossens, Larcenet, Blutch et bien d'autres. Très présent dans les premiers numéros de son magazine, Gotlib se fut, dès la fin des années 1970, de plus en plus discret, pour ne plus signer que les éditoriaux au bout de quelques années. Après une vingtaine d'années d'intense labeur créatif, il pouvait lever le pied : la relève était assurée...

(Avec tout ça, j'ai oublié de citer un de ses héros les plus emblématiques, le seul super héros 100 % Français, Superdupont, cocréé avec Lob.)

dimanche 7 août 2016

Mort de Richard Thompson, l'auteur du comic strip Cul de Sac

J'avais envie de vous parler de l'excellent strip de Richard Thompson, Cul de Sac, depuis un certain temps. Je ne l'avais pas encore fait, essentiellement par manque de temps. Voilà que la triste nouvelle du décès de l'auteur me rattrape : Richard Thompson est mort le 27 juillet 2016, à 58 ans. Atteint de la maladie de Parkinson, il avait arrêté Cul de Sac en septembre 2012.

Les strips sur de jeunes enfants ont longtemps fleuri dans la presse, notamment états-unienne. Depuis The Katzenjammers Kids (Pim Pam Poum en français) créés par Rudolph Kirks en 1897, plusieurs chefs-d'œuvre de la bande dessinée mondiale sont issus de ce genre : les Peanuts et Calvin et Hobbes aux États-Unis, Mafalda en Argentine, etc. (on pourrait citer d'autres œuvres, européennes, telles que Quick et Flupke de Hergé, mais elles ne relèvent pas du comic strip quotidien à proprement parler). Entre le déclin qualitatif du comic strip de façon générale et cette multiplicité de chefs-d'œuvre déjà existant, il pouvait sembler difficile de renouveler le genre de façon pertinente : Schulz et Watterson n'avaient-ils pas déjà épuisé le potentiel comique de ce type d'histoires ?

Richard Thompson nous a montré qu'il n'en était rien. Avec Cul de Sac, il a publié pendant 8 ans une œuvre personnelle et très drôle, clairement distincte de celles de ses illustres aînés.

Dans Cul de Sac, nous suivons le quotidien d'Alice Otterloop, une fille de maternelle à l'imagination débordante, pleine d'énergie et parfois difficile à canaliser. Ses amis l'accompagnent dans ses jeux et délires de façon plus ou moins consentante. Son frère, Petey est un fan de comics qui a des difficultés à entrer en contact avec le monde extérieur et avec ses camarades. Madeline et Peter, leurs parents, tentent tant bien que mal d'élever leurs exubérants bambins... On retrouve bien entendu certains éléments d'autres strips : Alice a une imagination presqu'aussi délirante que Calvin ; Petey a des difficultés relationnelles comme Charlie Brown. Mais, globalement, Richard Thompson a su trouvé un ton et créer des personnages vraiment originaux. Alice partage ses délires avec ses camarades, quitte à les déstabiliser. Petey a peur du contact avec les autres, comme il a peur du ballon lorsqu'il joue au football...

Le style graphique de Richard Thompson est également unique : très vif, il n'a pas l'aspect plus propre et policé des ses glorieux aînés, et ceci en parfaite adéquation avec sa narration très syncopée et ses personnages souvent au bord de l'hystérie. Cul de sac est vraiment une œuvre originale et très drôle, dans un genre pourtant à la fois très contraint et déjà riche en œuvres majeures.

dimanche 17 juillet 2016

Décès de Carlos Nine (1944-2016)

Carlos Nine, dessinateur argentin de bande dessinée (d' "historietas", comme on dit là-bas) vient de mourir. Il s'agissait d'un artiste vraiment hors-norme, dont l’œuvre constituait une surprise permanente.

Son univers était complètement surréaliste, peuplé de personnages difformes, de monstres grotesques et de femmes fatales aux proportions hallucinantes ; dans des décors délirants et évoluant en permanence. À ce titre, on peut considérer que certains de ses albums sont un savant mélange entre le Krazy Kat de George Herriman, du roman noir et de l'univers du tango...

Son œuvre publiée en France était relativement peu abondante mais recèle quelques superbes pépites, sorties depuis le début des années 1990 : Meurtres et Châtiments, Fantagas, Le Canard qui aimait les poules, Keko le Magicien, entre autres...

Il avait de multiples autres cordes à son arc, puisqu'il était également peintre, réalisateur de dessin animé, sculpteur (je dois avouer que je ne connais que très peu ces autres aspects de son œuvre multi-facettes).

Il faisait partie de cette école argentine de la bande dessinée, particulièrement florissante dans les années 1960 et 1970, représentée notamment par les grands noms que sont Alberto Breccia (même s'il était en fait uruguayen...), le scénariste Hector Oesterheld, Carlos Sampayo et Jose Muñoz, Horacio Altuna, Francisco Solano Lopez et bien d'autres.

samedi 7 novembre 2015

Mort de René Girard

René Girard vient de mourir (le 4 novembre), à 91 ans.

J'ai écrit à plusieurs reprises dans ce blog toute l'admiration que je portais à ce penseur extraordinaire. J'avais notamment cherché à en introduire très brièvement la pensée et les principaux concepts : le désir mimétique (chacun désire ce que désire son voisin), l'emballement et la crise mimétique (ce phénomène de désir mimétique entraîne une violence toujours plus importante, et débouche finalement sur une crise généralisée), le phénomène du bouc émissaire (pour sortir de cette crise, la foule se concentre sur un individu, le bouc émissaire, dont la mort, bien qu'arbitraire, permet de calmer la violence et de sortir de la crise) et la naissance du sacré (ce bouc émissaire, après sa mort, devient vénéré comme une divinité qui a permis la fin de la crise).

Sa pensée a progressivement évolué, au fur et à mesure que son intuition initiale se développait. On peut d'ailleurs suivre cette évolution en lisant les trois œuvres maîtresses de René Girard : Mensonge romantique et vérité romanesque (1961), son premier ouvrage, dans lequel il commence à explorer le désir mimétique en analysant quelques grands textes de la littérature (Stendhal, de Proust ou Dostoïevski) ; La Violence et le sacré (1972), où, plus de 10 ans après, il pose les bases de son système de façon plus structurée et plus globale ; Je vois Satan tomber comme l'éclair (1999), dans lequel il achève de construire sa pensée, avec une relecture de la révélation chrétienne à la lumière des thèses girardiennes (et vice-versa). Il est intéressant de voir ainsi, en plein XXème siècle, un philosophe arriver progressivement au christianisme en s'appuyant sur la force de son raisonnement intellectuelle.

René Girard est probablement l'un des anthropologues et philosophes les plus puissants (intellectuellement parlant, il va sans dire) et les plus éclairants de la période contemporaine. Son système, fondé sur quelques intuitions relativement simples mais prodigieusement fécondes, jette des lumières nouvelles sur notre histoire et nos sociétés actuelles comme bien peu d'auteurs l'ont fait avant lui.

Il fut relativement mal accepté par ses pairs, au moins en France (c'est sans doute notamment pour cela qu'il était parti s'installer aux États-Unis il y a des années) et abondamment critiqué (individu trop arrogant, système trop totalisateur, pensée trop chrétienne, etc.).

Sa pensée est l'une de celles qui m'ont le plus apporté pour comprendre l'Homme, la religion et le monde et elle m'accompagnera encore longtemps. Merci, Monsieur Girard.

vendredi 18 avril 2014

Gabriel Garcia Marquez (1927-2014) est mort

Chronique d'une mort annoncée : Gabriel Garcia Marquez se débattait depuis quelque temps contre la maladie. Il est mort hier, le 17 avril, à l'âge de 87 ans.

C'est l'un des plus grands écrivains du 20ème siècle qui vient de s'éteindre. Son nom est fréquemment associé au "réalisme magique", genre protéiforme qui insère des éléments surnaturels dans des situations se rattachant à un cadre historique et géographique avéré, propice aux situations narratives riches et incitant à la rêverie. Il fut l'une des figures de proue de la riche littérature latino-américaine des dernières décennies, avec Maria Vargas Llosa ou Carlos Fuentes, entre aures.

Initialement, j'avais lu quelques-uns de ses romans en français. Mais c'est en découvrant Cien años de soledad en version originale que j'ai réellement été conquis par son oeuvre. Quel que soit le talent des traducteurs, il est extrêmement difficile (voire impossible ?) de retranscrire à sa juste valeur la puissance du verbe, l'imagination verbale richissime de cet auteur hors norme. Je me suis ensuite plongé dans les méandres vertigineux de El general en su laberinto, El otoño del patriarca et autres romans dans lesquels on plonge, on se perd, on erre dans des mondes imaginaires d'une foisonnante richesse.

Gabriel Garcia Marquez s'est maintenant perdu dans un autre monde, lui qui a si souvent peint avec tendresse et poésie patriarches et vieillards à l'approche de la mort.

dimanche 9 mars 2014

Mort d'Alain Resnais (1922-2014)

Alain Resnais, un des plus grands réalisateurs français, est mort le 1er mars, à 91 ans.

Je vais commencer par un aspect un peu secondaire de la vie de ce cinéaste, sa passion pour la bande dessinée. Alain Resnais a en effet toujours été passionné par les classiques de la bande dessinée et des comics trios américains. Il fut un des premiers intellectuels à s'intéresser à cet auteur alors bien peu considéré ; il fut ainsi membre du CELEG, club de bande dessinée créé dès 1962. Il fit dessiner les affiches de ses films par Enki Bilal, Floch, Blutch. Il demanda au très grand auteur de bande dessinée américain (et compagnon de route de Will Eisner), Jules Feiffer, de lui scénariser un film (I want to go home).

Mais ce n'est pas le plus important. Personnellement deux éléments me marquent plus particulièrement dans son œuvre. Le premier est qu'il s'entoura de scénaristes à la personnalité artistique extrêmement forte sans que cela ne l'empêche de réaliser à chaque fois des films très personnels. Hiroshima mon amour est clairement une œuvre de Marguerite Duras, L'Année dernière à Marienbad est très caractéristique de l'imaginaire d'Alain Robbe-Grillet, La Guerre est finie reprend les thèmes fétiches de Jorge Semprun. Pourtant, avec chacun de ces films, et tous les autres, Alain Resnais créait une œuvre extrêmement personnelle. Une œuvre à la fois très spécifique, reflétant sa personnalité unique, et très variée, grace à la grande diversité des scénaristes avec lesquels il a travaillé.

Le second point qui m'a particulièrement marqué dans les films d'Alain Resnais est son inlassable recherche formelle. Comme si chaque film devait répondre à une nouvelle contrainte formelle et devenir ainsi un objet non identifié, jamais réellement vu auparavant. La singularité des scénarios d'Hiroshima mon amour et de L’Année dernière à Marienbad suffisait pour en faire des films formellement uniques. Puis les contraintes que s'imposait le réalisateur furent très diverses : insertion de commentaires scientifiques dans Mon oncle d’Amérique, irruption de phylactères dans I want to go home, théâtre filmé dans Melo (alors que la plupart des adaptations de pièces de théâtre au cinéma recherchent à s'éloigner formellement du théâtre, en ajoutant notamment des décors et des personnages plus varies qu'est ns la lice d'origine, Alain Resnais cherche au contraire à coller à un style de théâtre filme dans Melo : il ne garde que les décors et les personnages d'origine, renforce le caractère artificiel des décors, etc.), multiplication des univers possibles en fonction des choix, souvent d'apparence mineurs, des personnages dans le diptyque Smoking et No Smoking, adaptation de formes surannées comme une opérette des années 1920 dans Pas sur la bouche, etc.

Un grand cinéaste vient de s'éteindre. Tous ses films ne m'ont pas touché avec la même intensité mais dans chacun d'entre eux, j'ai trouvé suffisamment de la singularité de ce réalisateur et de diversité formelle pour vivre une expérience passionnante en les voyant...

vendredi 28 juin 2013

Mort de l'éditeur américain Kim Thompson (1956-2013)

Kim Thompson, éditeur, critique et traducteur américain de bandes dessinées, est mort le 19 juin 2013, à l'âge de 56 ans.

Il n'est pas forcément très connu en France. Ce fut pourtant l'une des personnes les plus influentes de la bande dessinée mondiale depuis le début des années 1980.

Né au Danemark, élevé en partie en Europe, il a toujours eu un intérêt pour ce qui se passait des deux côtés de l'Atlantique. Parmi ses contributions marquantes à la bande dessinée, on peut citer en priorité sa participation régulière au magazine The Comics Journal, référence dans le domaine, son rôle de tout premier ordre dans la maison d'édition Fantagraphics (avec Gary Groth) et sa vocation de passeur entre l'Europe et les États-Unis, en traduisant et publiant en Amérique du Nord quelques grands classiques européens.

Il est difficile de surestimer l'importance de Fantagraphics depuis sa création ; il s'agit en effet peut-être du meilleur éditeur de bande dessinée au monde depuis 40 ans. Son catalogue est ahurissant de qualité : il regroupe les plus grands auteurs du comics américain underground ou d'auteurs, de Robert Crumb (son intégrale) aux frères Hernandez (Love and Rockets) en passant par Chris Ware (les premiers volumes de l' Acme Novelty Library), Dan Clowes (Eightball, Ghost World), Jessica Abel et bien d'autres. Fantagraphics a également entrepris de rééditer les intégrales de certains des plus grands classiques américains, souvent introuvables depuis longtemps, voire jamais édités complètement : George Herriman et son fabuleux et surréaliste Krazy Kat, Charles Schulz et ses Peanuts, Hal Foster et son Prince Valiant, le Picsou de Carl Barks, le Mickey de Floyd Gottfredson, Winsor McCay et son Little Nemo, Popeye d'Elzie Crisler Segar, Pogo, de Walt Kelly et bien d'autres encore.

En complément à ce déjà fabuleux catalogue, Kim Thompson y a introduit ses classique européens préférés, qu'il a souvent traduits lui-même : Joost Swarte, David B., Émile Bravo, Killoffer, Jacques Tardi, Lewis Trondheim, Nicolas Mahler, Igort, Jason, Max, Maurice Tillieux, Macherot...

Merci infiniment à ce grand monsieur. Sans lui, la bande dessinée mondiale serait différente, probablement beaucoup moins riche...

mercredi 22 mai 2013

Mort du compositeur Henri Dutilleux (1916-2013)

Je viens d'apprendre la mort du compositeur français Henri Dutilleux.

J'apprécie beaucoup ses oeuvres orchestrales et concertantes (sa Symphonie n° 2, de 1959, Métaboles, de 1965, The Shadows of Time, de 1997, Tout un monde lointain, de 1970), d'une grande richesse instrumentale. Il est parvenu à concilier une certaine modernité à une relative accessibilité de ses oeuvres, ce qui a très certainement contribué à faire de lui un des compositeurs français du XXe siècle parmi les plus joués et les plus renommés.

jeudi 4 avril 2013

Fred, le créateur de Philémon, est mort

Fred, créateur de Philémon, du Petit Cirque, du Corbac aux baskets, de Timoléon (qui voyage dans le temps pour de l'argent, avec des dessins d'Alexis), du Manu Manu, de tout l'univers des lettres de l'océan Atlantique et de bien d'autres fantastiques inventions, grand prix de la ville d'Angoulême (en 1983), est mort hier, 2 avril, à 82 ans.

Il venait de publier son ultime album, qui bouclait les aventures de Philémon, Le Train où vont les choses.

D'abord plutôt spécialisé dans le dessin de presse, il cofonda Hara Kiri en 1960. En 1966, suite à une interdiction de publication de Hara Kiri, il proposa les 15 premières planches de Philémon (Le Mystère de la clairière aux trois hiboux) au journal de Spirou, qui refusa, puis à Pilote, ou René Goscinny, avec son flair habituel, accepta en un quart d'heure. Son style déstabilisait de nombreux lecteurs, que ce soit par le caractère joyeusement absurde de ses histoires ou, surtout, à cause de son dessin inhabituel. Il écrivit alors de nombreux scénarios pour d'autres dessinateurs, dont Alexis, pour la superbe série Timoléon, récit de deux escrocs qui cherchent à s'enrichir grâce au voyage dans le temps. Cependant la série Philémon finit par s'imposer, au long des voyages dans les différentes lettres de l'océan Atlantique, jusqu'en 1987. Après quelques années éloignées de la bande dessinée (cinéma, télévision, chanson...), il publia quelques autres chefs-d’œuvre, L'Histoire du corbac aux baskets (Alph'Art du meilleur album à Angoulême en 1994), une adaptation du Journal de Jules Renard, L'Histoire du conteur électrique, jusqu'au retour final de Philémon cette année...

Fred était l'un des plus grands poètes de la bande dessinée. Ses histoires reposaient sur une logique de l'absurde délicate et magique. Il fut également un infatigable découvreur de formes, renouvelant sans cesse l'usage des codes de la bande dessinée, manipulant les cases, notamment, sans guère d'équivalent depuis Winsor McCay (dans Little Nemo).

Fred a maintenant rejoint Timoléon, égaré dans les méandres du temps, et Philémon, perdu dans les vagues de l'océan Atlantique dans les dernières planches du Train où vont les choses. Son œuvre reste. Merci, Monsieur Fred et bon vent.

lundi 24 septembre 2012

Décès de Henry Bauchau (1913-2012)

Henry Bauchau, psychanalyste, poète, dramaturge et romancier belge de langue française, est mort le 21 septembre 2012. Pas forcément très connu du grand public, il jouissait d'une grande reconnaissance d'amateurs éclairés dans le monde entier.

J'ai découvert son œuvre dans les années 1990, lorsqu'un ami m'a offert Antigone. Aborder cette histoire très riche, après les classiques antique de Sophocle et modernes de Jean Anouilh, Jean Cocteau ou Bertold Brecht, notamment, était un défi ambitieux. À mes yeux, ce défi a été relevé avec succès par Henry Bauchau. Sa relecture du mythe atteignait une beauté et une profondeur intemporelles. J'avais été particulièrement marqué par l'art avec lequel Henry Bauchau parvenait à atteindre un lyrisme et une poésie extraordinaires avec un matériel apparemment très simple, en utilisant des phrases courtes et un vocabulaire restreint.

J'ai lu ensuite avec beaucoup de plaisir d'autres œuvres de ce grand écrivain, romans ou volumes de son Journal. Je découvrais une œuvre riche et protéiforme. Les deux traits qui me marquèrent le plus furent un riche humanisme nourri de l'expérience de toute une vie, et notamment d'une pratique psychanalytique de plusieurs années, ainsi qu'une poésie sous-jacente omniprésente. Toute l'oeuvre fait preuve d'une constante attention aux plus faibles, qu'ils soient broyés par le système (Antigone), déficients psychologiquement (L'Enfant Bleu) ou âgés (Passage de la Bonne Graine). Henry Bauchau savait également déceler les expressions artistiques à l'œuvre dans les manifestations humaines les plus humbles et avait une grande foi dans le potentiel de l'art comme moyen de donner plus de sens à toute vie.

Une œuvre à découvrir et redécouvrir, déjà un classique.

mercredi 9 mai 2012

Maurice Sendak est mort, les maximonstres sont en deuil

Maurice Sendak (1928-2012), illustrateur et auteur de livres pour enfants, vient de mourir à l'âge de 83 ans. Il était surtout connu pour Max et les Maximonstres (dont le titre original est Where the Wild Things Are), publié en 1963. Les dessins fins et expressifs de ce grand dessinateur, associés à une histoire drôle et subtile, ont fait de ce livre un des plus grands classiques de la littérature enfantine. L'auteur y joue avec beaucoup de finesse sur les fantasmes des enfants, leurs craintes et leur besoin de tendresse. L'ouvrage fut adapté au cinéma en 2009.

En plus de son très grand succès public, il était largement reconnu par ses pairs. On peut notamment lire dans MetaMaus une savoureuse bande dessinée réalisée à quatre mains par Art Spiegelman et Maurice Sendak dans laquelle ces deux auteurs se mettent en scène en train de discuter de leur art et de ce qu'il est possible raconter aux enfants...

samedi 10 mars 2012

Moebius (Jean Giraud) est mort (1938-2012)

Jean Giraud, également connu sous le pseudonyme de Moebius, est mort aujourd’hui, 10 mars 2012, à l'âge de 73 ans.

Créateur protéiforme, il avait multiplié les expériences artistiques les plus variées et était incontestablement l'un des créateurs les plus influents et les plus reconnus de la bande dessinée mondiale.

Après avoir appris les rudiments du métier aux côtés de Jijé, il débuta en 1963 comme dessinateur de Blueberry, sur des scénarios de Jean-Michel (qui atteignit avec cette série le sommet de son talent). Les années 1960 sont donc principalement celles du lieutenant, de plus en plus rebelle. Il traversa plusieurs guerres indiennes, chercha de l'or dans une mesa perdue et contribua à la construction du chemin de fer avant d'être envoyé au Mexique pour des missions plus que délicates. Ce cycle, qui commença avec Chihuahua Pearl en 1973, s'acheva avec Le Bout de la piste en 1986. Ces 10 albums constituent, avec le diptyque La Mine de l'Allemand perdu - Le Spectre aux balles d'or (1972), le sommet de la série et l'un des plus grands chefs-d’œuvre du western en bande dessinées. De façon générale, l'art de Jean Giraud dans Blueberry est absolument remarquable : expressivité des personnages, fantastique sens de l'espace (ses scènes de rues, de foules ou de grands espaces, en perspective aérienne, montrent un talent sans guère d'équivalent en bande dessinée pour décrire ainsi des vues d'ensemble avec un tel sens de l'espace), art du mouvement, mises en pages variées au service de la narration, etc.

Les années 1970 sont les années de tous les possibles, de toutes les expérimentations : son art, pour son versant réaliste, atteint des sommets expressionnistes dans La Mine de l'Allemand perdu et Le Spectre aux balles d'or. Pour le versant plus imaginaire, il s'agit des vrais début de sa carrière parallèle, sous le pseudonyme de Moebius (qui ne lui avait servi jusque là que pour quelques courtes bandes humoristiques). Dans des bandes délirantes, souvent conçues sous acide, il révolutionne la bande dessinée, tant sur le plan graphique (couleurs directes dans Arzach, mises en page éclatées, mondes imaginaires délirants, variabilité quasiment infinie du style de dessin au cours d'un même récit) que sur le plan narratif (critique du racisme et des "ratonnades" dans Cauchemar Blanc, délire improvisé dans Le Garage Hermétique, récit muet dans Arzach, etc.). Il participe également en 1975 à la création du magazine Métal Hurlant, qui fut pendant quelques années l'un des plus passionnants journaux de bande dessinée.

Les années 1980 sont l'âge classique de Moebius. Il séjourne quelques années dans une communauté dans une île tropicale, se met au végétalisme, puis à l'instinctothérapie et cela se ressent sur son dessin : Il consolide ses acquis et publie des œuvres assagies, mois exubérantes. C'est la période de l' Incal (sur un des scénarios les plus lisibles de Jodorowsky). Dans Blueberry également le trait se simplifie pour aboutir à la quasi "ligne claire" de La dernière carte.

À partir des années 1990, l’œuvre se fait moins riche. Suite à la mort de Jean-Michel Charlier, Jean Giraud continue les séries Blueberry et Jim Cutlass et écrit pour elles des scénarios indigents (il a de toute façon été un scénariste plutôt médiocre, même si ses hallucinations improvisées offraient parfois de beaux moments). Le trait de Moebius, après s'être assagi pendant la décennie précédente, a tendance à s'appauvrir. Son talent était tel qu'il continue toutefois à produire des œuvres remarquables. Son œuvre la plus marquante des 20 dernières années est probablement la série Inside Moebius, dont les 6 tomes constituent une expérience intéressante de carnet intime délirant et improvisé, dans lequel le narrateur rencontre à la fois de multiples avatars de lui-même et ses propres créations. Avec cette œuvre originale, il surpasse les efforts similaires de quelques-uns des membres de la génération suivante, Sfar, Trondheim et leurs carnets.

Il a multiplié les incursions dans des genres divers, cinéma (story board pour Tron, dessins pour Alien, Abyss ou Willow), pochettes de disques (remarquables illustrations pour des rééditions de Jimi Hendrix) ou peintures. Il avait plusieurs fait l'objet de nombreuses grandes expositions, une des dernières fut l'excellente rétrospective de la fondation Cartier début 2011.

dimanche 22 mai 2011

Paul Gillon (1926-2011)

Je viens d'apprendre le décès de Paul Gillon.

Digne représentant de l'école française réaliste classique, sur les traces notamment de quelqu'un comme Poïvet, il a traversé plus de 60 ans d'histoire de la bande dessinée française. Il travailla pour Vaillant ou Pif, publia un strip quotidien (genre relativement peu implanté sur nos rivages), 13, rue de l'Espoir, dans France Soir, aborda les années 1980 avec la vague de l'érotisme en bande dessinée (La Survivante et Jehanne) et continua à travailler jusqu'à sa mort, à plus de 80 ans.

Son dessin élégant, au trait fin, ses personnages élancés ont apporté un charme subtil aux nombreux scénarios qu'il a illustrés.

Cependant la seule oeuvre de lui qui m'a réellement marqué est Les Naufragés du Temps, plus précisément les quatre premiers tomes, sur des textes de Jean-Claude Forest. L'alliance de ces deux auteurs fait merveille : l'imagination débridée, les dialogues littéraires, le romantisme de l'histoire de ces deux naufragés élaborée par Forest sont parfaitement mis en valeur par l'élégance du trait de Gillon. Un chef-d'oeuvre de la bande dessinée de science-fiction...

jeudi 21 janvier 2010

Décès de Jacques Martin


Je parlais de lui il y à peu et j'apprends à l'instant que Jacques Martin, l'auteur d'Alix et de Lefranc, de Jhen et de Keos, d'Orion et d'Arno vient de mourir.
Même si ses albums avaient perdu beaucoup de leur intérêt depuis plusieurs années (en gros depuis 1985 et Vercingétorix pour Alix mais depuis les années 1990 pour ses collaborations avec Jean Pleyers, Keos ou Jhen), Jacques Martin n'en avait pas moins publié de nombreux chefs-d'oeuvre de la fin des années 1950 aux année 1980, de la Griffe noire à l'Empereur de Chine, du Mystère Borg à Barbe bleue. Il avait également été un des précurseurs d'une bande dessinée plus adulte, en abordant de nombreux sujets inconnus de la quasi-totalité des autres séries de l'époque. Bref, c'est un très grand monsieur de la bande dessinée qui vient de nous quitter...