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mardi 8 mai 2012

Jean de l'ours, de Mattt Konture et Jacques Velay (2010)

Lorsque j'ai découvert, récemment, Jean de l'ours, cet album a attiré ma curiosité à plus d'un titre. Tout d'abord, cet album avait échappé à mon attention lors de sa publication, je ne l'ai découvert que deux ans après. Exceptionnellement pour Mattt Konture, il ne s'agit pas d'un récit autobiographique ; or, depuis le début des années 1990, il n'avait publié que des récits dans lesquels il se mettait en scène soit directement, soit sous la forme d'un de ses avatars (Ivan Morve, Galopu ou Mysteur Vrö). Enfin le scénario de cet album n'est pas de lui mais de Jacques Velay (que je ne connais mais qui semble avoir participé avec lui à des fanzines montpelliérains).

Cet album est assez surprenant... Il démarre avec un couple qui marche dans les superbes paysages de Lozère (magnifiquement rendus par le dessin de Mattt Konture, très en forme). La femme se fait enlever par un ours et le récit commence à délirer... La femme et l'homme connaîtront chacun quelques péripéties, fortement teintées de fantasmes pour aboutir à une chute originale et ouverte (l'album se clôt avec une "fin de l'épisode", une suite est-elle prévue ?).

La principale force de cet album atypique est le fantastique dessin de Mattt Konture. Celui-ci prend davantage ses aises que dans la plupart de ses comixtures auto-analytiques : les paysages sont superbes, les décors intérieurs sont très travaillés, chaque motif du décor donnant lieu à un travail de texture riche et spécifique, les personnages, en particulier les femmes, sont dessinés avec beaucoup de sensualité.

Un album original, dont le scénario peut surprendre, voire déranger, mais dont les dessins en font une œuvre superbe.

Mattt Konture a publié en 2011 une autre fiction, L'Abbé, que je n'ai pas trouvée en librairie. Quelqu'un l'a-t-il lue et peut-il me dire ce qu'il en a pensé ?

mardi 13 décembre 2011

Quoi !, par divers piliers de l'Association (2011)

Passons sur le titre, que je ne trouve pas très bon. Cet ouvrage avait été annoncé depuis quelques mois comme une histoire de L'Association par certains de ses fondateurs. Il avait initialement été prévu chez Shampoing, la collection dirigée par Lewis Trondheim chez Delcourt. Il est revenu à L'Association après le retour de la plupart de ses fondateurs.

Plus que d'une histoire de L'Association, éditeur de bande dessinée phare parmi ceux qui furent appelés les indépendants, il s'agit en fait du récit de la crise récente de L'Association, qui a conduit au retour des fondateurs partis au milieu des années 1990, Lewis Trondheim, David B, Killofer, Stanislas (reparti depuis) et au départ de Jean-Christophe Menu. Ce recueil compile donc des récits courts de la plupart des fondateurs (Lewis Trondheim, David B, Killofer, Stanislas, même Mokeït, mais pas Jean-Christophe Menu ni Mattt Konture) et de quelques piliers ou compagnons de route de cette aventure éditoriale : Charles Berbérian, Jean-Louis Gauthey, Jean-Yves Duhoo, etc. La plupart de ces récits couvrent essentiellement trois moments de la vie de L'Association : sa création au début des années 1990, la première crise qui vit le départ de la plupart des fondateurs au milieu des années 2000 et la crise récente qui provoqua leur retour et le départ de Jean-Christophe Menu. Nous avons donc plusieurs versions de ces péripéties, chacun les relatant avec sa sensibilité propre. Un point commun se dégage des souvenirs des fondateurs : tout semble tourner autour de la personne de Jean-Christophe Menu. J'ai eu peur un moment de lire un portrait purement à charge de celui-ci. Ce n'est heureusement pas le cas et l'image de lui qui ressort de cette lecture est plus nuancée que ce que je craignais. Il est impressionant de voir à quel point il a pu marquer ceux qui l'ont approché, avec son charisme et son égocentrisme, son ambition et ses difficultés, parfois, à communiquer...

Ce livre constitue donc un témoignage instructif sur une belle aventure éditoriale et sur les questions personnelles qui ont causé à la fois sa naissance et sa crise. En plus de son intérêt documentaire, plusieurs auteurs de cette compilation, David B et Killofer en tête parviennent, avec leur talent habituel, à dessiner des pages intrinsèquement très réussies.

Bref, un passionnant recueil de témoignages contenant quelques belles pages de bande dessinée...

lundi 21 novembre 2011

Documentaire télévisuel sur Mattt Konture

Je viens de découvrir un documentaire télévisuel très intéressant consacré à Mattt Konture. Il dure 52 minutes et a été diffusé par France 3 Midi Pyrénées. Il est maintenant visible en ligne ici. Y sont notamment interviewés, en plus de Mattt Konture lui-même, Jean-Christophe Menu, Killofer et Pacôme Thiellement. On peut même y entendre des extraits de la musique de Matt Konture, ce qui a assouvi chez moi une curiosité déjà ancienne : il parle tellement dans ses comics de sa musique...

Un documentaire très instructif qui met bien l’œuvre de ce grand auteur en valeur.

mardi 1 novembre 2011

Où est donc passée l'autobiographie en bande dessinée ?

En une dizaine d'années, entre 1993 et 2003, l'autobiographie a permis à la bande dessinée francophone de nous offrir quelques chefs-d’œuvre exceptionnels. Lewis Trondheim dessinait les six volumes de son comics autobiographique, Approximate Continuum Comics, chez Cornelius en 1993 et 1994, puis les regroupait en recueil, dans Approximativement, en 1995. Dupuy et Berbérian publiait leur Journal d'un album en 1994. Livret de Phamille, de Jean-Christophe Menu, sortait l'année suivante, en 1995. Edmond Baudoin livrait son Éloge de la poussière en 1995 et Terrains Vagues l'année d'après. Fabrice Neaud nous offrait quatre volumes de son Journal entre 1996 et 2002. Xavier Mussat nous parlait de sa Sainte Famille en 2002. Les six tomes de L’Ascension du Haut Mal, de David B, étaient publiés entre 1997 et 2003. Mattt Konture sortait Printemps Automnes en 1993 puis les cinq premiers volumes de son Auto-psy d'un mort-vivant entre 1990 et 2001.

Malheureusement, ce qui a pu être considéré à l'époque comme un renouveau de la bande dessinée francophone s'est révélé plutôt de l'ordre du feu de paille. Les Approximate Continuum Comics se sont transformés en Petits Riens, décidément bien trop légers. Le Journal d'un album n'eut pas vraiment de successeur (même si le Hanté du seul Philippe Dupuy est loin d'être dénué de qualités) et Dupuy et Berbérian préfèrent maintenant se moquer des bobos. Jean-Christophe Menu, notamment à cause de problèmes juridiques liés à son divorce, n'a pas donné à son Livret de Phamille la suite qu'il avait prévu. Nous attendons encore les volumes suivants du Journal de Fabrice Neaud, qui se consacre actuellement à une série d'anticipation (premier tome annoncé pour janvier 2012), ainsi que la suite de l’œuvre de Xavier Mussat. Depuis L’Ascension du Haut Mal, David B ne se consacre à l’autobiographie qu'incidemment.

Cela ne signifie nullement que les albums plus récents de ces auteurs, non autobiographiques, aient forcément moins d'intérêt. Ces dessinateurs ont pu souhaité passer à autre chose, soit qu'ils estiment avoir fait le tour de ce qu'ils avaient à raconter de leur vie (c'est probablement le cas de David B, par exemple), soit que les difficultés rencontrées avec leur entourage représenté dans leurs œuvres autobiographiques les aient plus ou moins forcé à s'arrêter (cela a pu jouer dans le cas de Fabrice Neaud ou de Jean-Christophe Menu, notamment).

Certes, Mattt Konture a continué son Auto-psy d'un mort-vivant, mais à un rythme bien ralenti. Certes, Edmond Baudoin continue à publier des récits autobiographiques mais il a toujours eu des rapports compliqués avec le récit du moi et l'autofiction : lorsqu'il parle à la première personne, c'est souvent pour raconter la vie d'une tierce personne (son grand-père dans Couma Aco, sa mère dans Éloge de la poussière), pour des carnets de voyage (les plus récents étant Le Parfum des olives ou Viva la vida) ou dans des récits plus ou moins oniriques (Le Chant des baleines) ; c'est sans doute dans des récits à la troisième personne, dans lesquels il arbore un masque, qu'il se livre le plus, comme dans Le Portrait ou L'Arleri.

Les chefs-d’œuvre cités plus haut ont-ils une descendance dans l’œuvre d'autres auteurs ? Pas réellement (on peut bien entendu citer quelques exceptions, comme Lucas Méthé, par exemple, mais elles restent bien rares). L'autobiographie des auteurs que j'ai évoqués ici a eu deux types de successeurs :

  • Des recueils de courts billets, dans la lignée des Petits Riens de Lewis Trondheim ou des Notes de Boulet, d'une part. Tranches de vie calquées sur les blogs, elles mettent en scène majoritairement des trentenaires, fans de jeux vidéo et de Star War pour les hommes, accro au shopping et aux chatons pour les femmes. Il s'agit le plus souvent, par des clins d’œil appuyés aux lecteurs, de leur arracher un sourire en leur rappelant les petits tracas de leur propre vie quotidienne. Cela peut être amusant, cela manque souvent de souffle.

  • Des carnets de voyage ou des reportages en bande dessinée, d'autre part. Même dessinés par des auteurs talentueux (Guy Delisle par exemple), voire géniaux (encore et toujours Baudoin), ils restent le plus souvent au niveau de l'événement, voire de l'anecdote. À la décharge des auteurs, on peut remarquer que même en littérature, le reportage ou le récit de voyage a produit des livres intéressants mais bien peu de chefs-d’œuvre, même comme de grands noms, comme André Gide notamment (ses retours du Tchad ou d'URSS sont très agréables à lire et sont de passionnants témoignages mais restent bien forts que ses grands romans et récits ou que son Journal), se sont emparés de ce genre.

mardi 24 mai 2011

Jean-Christophe Menu quitte l'Association

C'est la fin de l'une des plus belles aventures de l'édition de bande dessinée francophone : Jean-Christophe Menu vient d'annoncer par un communiqué lundi soir qu'il laissait L'Association derrière lui.

Pendant une quinzaine d'années, de 1990 à 2005 environ, la parution régulière d’œuvres de ses fondateurs suffisait à rendre le catalogue de L'Association particulièrement riche (sans compter que d'autres auteurs d'envergure y publiaient des œuvres marquantes). Au milieu des années 2000, avec le départ de la plupart des fondateurs (David B, Lewis Trondheim et Stanislas et Killofer) et de Joann Sfar, on avait légitiment pu se demander si L'Association allait rester une maison d'édition aussi intéressante.

La réponse fut clairement positive. Autour des albums des fondateurs restés là (les Archives et les volumes les plus récents de L'auto-psy d'un mort-vivant de Mattt Konture, les Lock Groove Comics de Jean-Christophe Menu), on a vu paraître des albums marquants d'auteurs déjà confirmés (Edmond Baudoin, Vincent Vanoli), des rééditions d’œuvres essentielles épuisées depuis longtemps (Les Sentiers Cimentés regroupant les premiers albums de Baudoin, dont les incroyables Un Rubis sur les lèvres et Le Premier Voyage, les Hypocrite de Jean-Claude Forest, quelques Gébé, etc.), les chefs-d’œuvre d'auteurs moins reconnus tels que Faire semblant c'est mentir et Chronographie de Dominique Goblet, Mon mignon, laisse-moi te claquer les fesses de Lucas Méthé, L de Benoît Jacques, les ouvrages atypiques de Florent Ruppert et Jérôme Mulot, ou, plus récemment, l'intéressant Mambo de Claire Braud ; à tout cela, il faut ajouter les trois volumes de l'Éprouvette, l'une des plus passionnantes revues critiques de bande dessinée jamais publiées et La Bande Dessinée et son double, excellent récapitulatif de plus vingt ans de pratique de la bande dessinée par Jean-Christophe Menu. Cet ouvrage pourra d'ailleurs probablement être considéré comme une forme de testament, le couronnement et la synthèse de son expérience au sein de L'Association. Tous les ouvrages que j'ai cités, et beaucoup d'autres encore, ont permis à L'Association d'être, à mon sens, l'éditeur francophone de bande dessinée le plus riche et le plus intéressant de ces cinq dernières années, pendant la période où Jean-Christophe Menu était seul (ou presque) aux commandes. Celui-ci peut donc être légitimement fier de ce qu'il a accompli à la tête de cette maison d'édition. (On a pu lire sur Internet maints articles, messages ou posts mettant en avant les défauts humains et managériaux de Jean-Christophe Menu. J'ai suivi la situation de beaucoup trop loin pour me permettre un jugement. Et, pour moi, cela n'enlève pas grand-chose à l’œuvre accomplie.)

Que va devenir L'Association ? Que va faire Jean-Christophe Menu ? je n'en sais rien mais le fait que leurs chemins divergent marque la fin d'une belle et riche aventure...

lundi 9 mai 2011

Ma bédéthèque idéale (7) : Séance de rattrapage

J'ai dressé la liste, dans six messages, de ma « bédéthèque idéale ». Bien entendu, une liste comme celle-ci n'est jamais tout à fait close. J'en ai exclu certains titres après beaucoup d'hésitation. D'autres sont absents tout simplement parce que je ne les connais pas suffisamment ou que je les ai lus il y a trop longtemps pour en conserver une idée précise. Voici aujourd'hui une liste de ces titres laissés pour compte.

Je n'ai pas cité les œuvres de Mattt Konture (depuis 1983, France). Ce disciple français de Crumb nous livre depuis des années une œuvre, majoritairement autobiographique, forte et originale. Essentiellement constituée de courts fragments, en grande partie improvisée, elle nous fait découvrir les angoisses, les déprimes et, plus rarement, les joies de Mattt Konture et de ses multiples avatars, d'Ivan Morve le mort-vivant à Galopu en passant par Mistor Vrö.

J'ai omis également les œuvres de Nikita Mandryka (notamment Le Concombre masqué, depuis 1975, France) et de Claire Brétécher (notamment Les Frustrés, 1975-1980, France) car je les connais assez mal. Je sais cependant que ces deux cofondateurs (avec Marcel Gotlib) de l'Écho des savanes sont des auteurs originaux à la forte personnalité et qu'ils ont tous deux, chacun dans leur style, apporté un souffle résolument nouveau à la bande dessinée francophone, Mandryka avec son humour nonsensique et son tropisme pour la psychanalyse, Brétécher avec ses tranches de vue si bien vues.

Parmi les auteurs pour lesquels j'ai beaucoup de respect mais que je connais mal, je pourrais également citer Reiser ou Gébé.

J'ai cité relativement peu d'auteurs parfois regroupé sous l'appellation de "nouvelle bande dessinée". Si j'avais dressé une liste similaire il y a une dizaine d'années, j'y aurais très probablement inclus La Fille du professeur, de Joann Sfar et Emmanuel Guibert (1997, France), Approximate Continuum Comix, collecté sous le titre d'Approximativement, de Lewis Trondheim (1993-1994, France), ou Léon la came, de Sylvain Chomet et Nicolas de Crécy (1995, France). Avec le recul, ces albums, bien qu'excellents, ne me semblent pas avoir l'importance que je leur accordais à l'époque. En outre, à part les très imaginatifs Lewis Trondheim et Joann Sfar, un certain nombre d'auteurs rassemblés sous cette appellation sont d'excellents dessinateurs mais, à mon sens, n'ont pas grand chose à raconter.

Ordinary Heroes, une aventure des Gen 13, d'Adam Hughes (1996, États-Unis). Je ne sais pas si Adam Hughes a publié d'autres récits en tant qu'auteur complet. En tout cas, il nous fournit ici avec ce double comics une histoire au scénario habile et avec un retournement final bienvenu. Et, surtout, il y a son dessin : fondé sur de bonnes connaissances anatomiques, variant du réalisme quasi-photographique à certains dessins plus 'cartoon', à l'encrage habile donnant du volume aux personnages, c'est un des styles qui ont eu le plus d’influence depuis le milieu des années 1990. Les imitateurs sont nombreux : John Cassaday (Planetary), Bryan Hitch (The Authority), David Mack, etc. Depuis ce récit, Adam Hughes a encore dessiné un ou deux récits et se consacre en fait essentiellement aux dessin de couvertures...

The Life and Times of Scrooge Mc Duck, de Ken Don Rosa (1994, États-Unis). Ken Don Rosa reprend les choses là ou Carl Barks les avait laissé. Il reprend tous les indices parsemés par celui-ci dans ses récits et comble le récit pour nous offrir la jeunesse de Picsou. Par la même occasion, il nous fait parcourir le monde et plus d'un siècle, au gré des aventures truculentes et hautement réjouissantes du canard le plus riche du monde...

Je connais très mal Gasoline Alley, de Frank King (1921-1969, États-Unis), et les bandes dessinées de Jules Feiffer (depuis 1949, États-Unis). Ces œuvres sont souvent citées comme de grands chefs-d’œuvre. Elles sont en cours de réédition aux États-Unis. Je vous en reparlerai peut-être quand j'en aurai lu davantage...

J'ai également hésité à inclure dans ma liste Le Chat du rabbin de Joann Sfar (2002-2006, France), L'Homme qui marche, de Jiro Taniguchi (1990-1991, Japon), Lone Wolf and Cub, de Kazuo Koike et Goseki Kojima (1970-1976, Japon), Demi-tour de Benoît Peeters, Frédéric Boilet et Emmanuel Guibert ( 1997, Belgique-France), Georges et Louis romancier, de Daniel Goossens (depuis 1993, France), Les Cités Obscures, de Benoît Peeters et François Schuiten (depuis 1983, Belgique)...

Avant de conclure (provisoirement ?) sur ce sujet, je souhaite citer deux listes de « bédéthèque idéale » auxquelles j'aime bien me référer : Les 100 comics essentiels du Comics Journal et les « 100 œuvres remarquables de la littérature dessinée parues entre 1732 et 1999 » d'Harry Morgan. La première ne cite que des auteurs anglo-saxons. La seconde est très intéressante pour sa large amplitude chronologique ; elle affiche une préférence marquée pour les œuvres de type feuilletonnesque (on peut ainsi noter que, de Lewis Trondheim, elle cite Les carottes de Patagonie, pastiche de l'héroïc fantasy, très à la mode à la date de publication de ce pavé, plutôt que, par exemple, Approximativement ; et l’œuvre citée de Jacques Tardi est Adèle Blanc Sec, pastiche des romans feuilleton du début du XXe siècle, plutôt que des œuvres plus ambitieuses telles que C'était la guerre des tranchées).

mercredi 20 avril 2011

De la difficulté de publier une autobiographie sincère en bande dessinée

L’autobiographie en bande dessinée est un genre relativement récent qui a déjà produit quelques chefs-d’œuvre capitaux. C’est également un genre avec lequel les auteurs se mettent en danger, d’un point de vue personnel en se mettant à nu devant leurs lecteurs mais également sur les plans relationnel, voire juridique. En effet un récit autobiographique met généralement en scène des personnes réelles, les proches de l’auteur, et celles-ci peuvent le lui reprocher, mécontentes de l’image qu’il renvoie d’elles, ou même simplement d’être ainsi mises en scènes dans un document public (il arrive également parfois que des personnes croient se reconnaître, à tort, dans le personnage d’une œuvre).

Je ne parle pas ici des blogueurs ou assimilés qui livrent des récits autobiographiques ‘light’, dans lesquels ils disputent à leur chat l’utilisation de leur couette et ils relatent leur angoisse d’être privés d’eau chaude à l’heure de la douche. On comprend aisément que ces auteurs ne seront pas mis en cause par les protagonistes de leurs aventures.

Je veux plutôt parler d’auteurs qui vont au-delà de l’anecdote et pour qui le récit autobiographique est une expérience plus profonde, tant sur le plan psychologique, existentiel ou même politique. J’en citerais trois parmi les plus marquants.

Cela se savait déjà, mais Jean-Christophe Menu le confirme dans La Bande Dessinée et son Double : S’il n’a pas donné de suite à son Livret de Phamille comme il l’avait prévu, c’est en raison de complications juridiques liées à son divorce.

Quant à Fabrice Neaud, les difficultés liées à la mise en scène de personnes réelles dans son œuvre sont une des thématiques principales de ses récits. Et cela, dès le tout début de sa carrière : dans Credo, un des ses premiers récits publiés, dans Bananas, en 1995 (et disponible en ligne ici), il dépeignait déjà différentes réactions, parfois franchement hostiles, d’individus apparaissant dans ses bandes. Une importante partie de Journal (III) tourne également autour de ce thème. Dans Émile, exceptionnel récit court publié dans la revue Ego comme X (et disponible en ligne sur le site de l’éditeur), Fabrice Neaud relatait les débuts de son histoire avec Émile mais sans représenter aucun être humain (exception d’un personnage public, dont une photo était reproduite), suite notamment aux difficultés et aux réactions hostiles rencontrées à la publication du Journal (III). Plus récemment il a été reproché à Fabrice Neaud devant la justice d’être susceptible de mettre en scène dans son œuvre l’autre personne impliquée dans le procès. La privatisation de plus en plus importante de l’image de chacun est un sujet qui lui tient à cœur (et qu’il a d’ailleurs récemment abordé, une nouvelle fois, sur son blog).

Ces difficultés participent très probablement à la forte raréfaction des œuvres autobiographiques de ces deux auteurs depuis plusieurs années.

Mattt Konture est l’exception qui confirme la règle. Depuis une vingtaine d’année, il publie une autobiographie sans concession mais purement autocentrée. Il ne fait quasiment aucune référence, si ce n’est très allusive, aux personnes qui l’entourent (depuis quelques années, il fait quelques exceptions, dûment assumées, à cette règle en parlant un peu de sa fille, de la mère de celle-ci et du nouveau compagnon de celle-ci). Il s’affranchit ainsi des difficultés rencontrées par Jean-Christophe Menu ou Fabrice Neaud suite à la mise en scène de personnes réelles. Mais il prive son récit autobiographique d’un pan capital de sa propre existence. Edmond Baudoin parvient également à livrer de riches récits autobiographiques en exposant très peu ses proches

L’autobiographie en bande dessinée, un genre encore jeune mais déjà menacé ? Certaines œuvres récentes, dont celle de Lucas Méthé donnent cependant espoir…

dimanche 17 avril 2011

Divergences chez les fondateurs de l'Association

Je suis d'assez loin les péripéties qui secouent actuellement L'Association, connaissant mal tous les tenants et aboutissants de ces affaires, ignorant notamment presque tout des griefs personnels qui semblent jouer un grand rôle dans ces tristes mésaventures.

J'ai néanmoins noté que la récente assemblée générale de L'Association avait apparemment débouché sur une des moins mauvaises solutions possibles : la désignation, par un vote de cette assemblée générale, des 7 membres fondateurs de L'Association pour trouver une solution au micmac actuel (si j'ai bien compris...).

Cette idyllique solution de retour aux origines (la réunion des 7 fondateurs, qui ont pour la plupart quitté le navire, soit depuis près de 20 ans, dans le cas de Mokeït, soit depuis le milieu des années 2000, dans le cas de David B, Lewis Trondheim, Stanislas et Killofer), me semble malheureusement trompeuse. La situation a en effet énormément changé en 20 ans pour ces différents auteurs (Jean-Christophe Menu et Mattt Konture étant les deux autres fondateurs).

Il y a 20 ans, les 7 fondateurs de l'Association partageaient une communauté d'intérêt : tous, ils voulaient publier des bandes dessinées qui n'intéressaient pas les éditeurs de l'époque ; tous, ils avaient besoin, pour publier les œuvres qu'ils souhaitaient, d'une nouvelle structure d'édition. Ce fut L'Association.

20 ans après, tout a changé. Les éditeurs 'mainstream' se sont rendus compte du potentiel commercial de certains auteurs publiés chez L'Association. Ils ont attiré ces auteurs chez eux, créé des collections pour les accueillir (la plus célèbre étant Poisson pilote chez Dargaud), voire ont même offert à ces auteurs de diriger leur propre collection (Shampoing chez Delcourt pour Trondheim, Bayou chez Gallimard pour Sfar, ce dernier n'étant pas co-fondateur de L'Association mais ayant été un auteur phare de cette structure).

Bref, les co-fondateurs ayant quitté L'Association n'ont plus véritablement besoin de cette structure. Leur volonté d'en reprendre le contrôle peut être dû à un effet madeleine (leur rappelant leurs jeunes années, glorieuses et combatives), à un réflexe de réappropriation (pour empêcher Menu de conduire ce qu'ils considèrent encore comme leur 'bébé' sur des voies qu'ils n'approuvent pas) ou au désir d'entretenir une danseuse (s'offrir le luxe de pouvoir publier à L'Association des ouvrages inacceptables par un autre éditeur).

En revanche, Jean-Christophe Menu et Mattt Konture ont, à mon sens, encore besoin, au sens strict, de L'Association. D'une part parce que leurs œuvres à tous deux me semblent difficilement acceptables par un éditeur mainstream. D'autre part parce qu'elle permet à Menu d'éditer des ouvrages majeurs impubliables ailleurs, ou au moins impubliables dans les mêmes conditions. Je pense notamment aux trois volumes de L'Éprouvette, à Faire semblant, c'est mentir de Dominique Goblet (ce livre aurait peut-être été accepté par un éditeur plus classique, mais je ne pense pas qu'il aurait alors été imprimé avec un tel soin) ou à L de Benoît Jacques.

En d'autres termes, les objectifs que les différents co-fondateurs peuvent maintenant fixer à L'Association ne sont plus forcément convergents, leurs attentes vis-à-vis de cette structure ne sont plus les mêmes. Cela rendra forcément délicate la poursuite de cette belle aventure.

Les éditeurs alternatifs restent, malheureusement, de frêles esquifs. Faire naviguer ce type d'embarcations lorsque tous les membres de l'équipage veulent aller dans la même direction, c'est difficile ; lorsque les membres ont des objectifs divergents, le risque de tangage, au mieux, voire de naufrage, au pire, devient très grand.

Il ne reste qu'à espérer que L'Association saura surmonter ce gros temps et naviguera encore longtemps pour notre plus grand plaisir...

mardi 11 janvier 2011

Ivan Morve, de Mattt Konture (1996)

Dans Ivan Morve, comme dans une grande parie de son œuvre, Mattt Konture met en scène un unique personnage principal (les personnages secondaires étant la plupart du temps réduits au rôle de purs figurants) dépressif, qui partage son temps entre glandouiller dans son lit, zoner sans but dans les rues, se morfondre dans des endroits divers, complexer dans des soirées en se disant qu'il est nul, qu'il n'a rien à dire à personne ; parfois, quand cela va un peu mieux, que le printemps arrive, il mate les filles... Quel est l'intérêt de raconter tout cela à longueur de pages ? n'est-ce pas lassant à force d'être répétitif ? me demanderez-vous...

Oui, c'est répétitif ; particulièrement dans Ivan Morve, compilation de courts récits (une ou deux pages le plus souvent), pour la plupart initialement parus dans le Psikopat au tournant des années 1990. Mais ce n'est jamais lassant, bien au contraire. En effet, Mattt Konture, dessinateur exceptionnel à l'inventivité peu commune, a su faire de son œuvre une des plus fortes et des plus originales de ces 20 dernières années. Si le fond du récit varie très peu et quitte rarement le domaine de l'auto-lamentation, le dessin jouit d'une liberté débridée et fort réjouissante : les visages et les corps se déforment, les décors semblent avoir leur vie propre, les lettrages évoluent avec les sentiments des personnages, des éléments à la limite de l'abstrait viennent parfois envahir les cases. L'auteur se met en scène dans presque toutes les cases mais sous la forme de plusieurs avatars : Ivan Morve le mort-vivant (son état hivernal, qui se consacre à la déprime et à l'hibernation), comme dans la plus grande partie des récits de cet album, Galopu (son état printannier), Misteur Vrö (son état estival, passant son temps à faire la fête et à fumer) ou Mattt Konture lui-même... Tout cela donne lieu à de multiples variations qui font d'Ivan Morve une réussite hors norme.