dimanche 4 mai 2014

Les photomontages de Fabrice Neaud (2003-2014)

Fabrice Neaud n'est pas seulement un excellent dessinateur.

Depuis le début des années 2000 et l'achat d'une caméra vidéo, il s'est lancé dans la réalisation de photomontages, assemblant des dizaines de photographies, les retouchant, redressant les perspectives, etc. Il a ainsi construit une œuvre en parallèle de son œuvre dessinée, avec des méthodes et des thématiques parfois différentes, mais souvent en résonance.

Le site Internet consacré à Fabrice Neaud vient d'être mis à jour avec une nouvelle rubrique consacrée à ces photomontages. On y trouvera quatre pages regroupant de nombreux photomontages réalisés entre 2003 et 2014 et un entretien avec l'auteur à propos de ce pan de son travail, et notamment de son goût pour l’architecture gothique.

lundi 28 avril 2014

Cloud Atlas, de Lana et Andy Wachowski et Tom Tykwer (2012)

Sous certains angles, Cloud Atlas a tout pour déplaire : le spectateur paresseux se plaindra de la multiplicité des intrigues et de la complexité du scénario (plusieurs récits se déroulant à différentes époques sont montrés en alternance, les mêmes acteurs jouent différents personnages...) ; les critiques déploreront une métaphysique simpliste (apologie de la résistance de l'individu face à des systèmes oppressants), une esthétique et un discours parfois grandiloquents et des astuces scénaristiques faciles. Résultat : le film, à ma connaissance, n'a eu aucun succès, malgré la notoriété des réalisateurs (Lana et Andy Wachowski, réalisateurs de Matrix, et Tom Tykwer) et des acteurs (Tom Hanks, Halle Berry, Hugh Grant, Susan Sarandon...).

Ceci étant dit, qu'en ai-je pensé ? Au-delà des critiques exprimées ci-dessus, pour la plupart au moins partiellement fondées, je dois bien avouer que j'ai été littéralement happé par le flux de ce film, ses intrigues parallèles et ses nombreuses péripéties, son suspense. J'ai ressenti de l'empathie pour ses nombreux personnages en passe d’être broyés par des systèmes plus forts qu'eux (système de classes sociales enrichies grâce à l'esclavage, système industriel et financier, dictature technologique, système redevenu primitif et revenu aux aléas de la force brutale...). J'ai été captivé par ce film original et passionnant.

Les auteurs de ce film ont, à mon sens, réussi à assembler leur matériel de départ, riche et disparate, en un grand moment de cinéma, plein de bruit et de fureur, d'émotion et de liberté.

Et merci à Fabrice Neaud : c'est lui qui m'a donné envie de voir ce film, après m'en avoir dit beaucoup de bien, lorsqu'il évoquait avec moi certaines des influences de sa saga Nu-Men.

dimanche 27 avril 2014

Le 6ème numéro de la revue Bananas est sorti (2014)

Comme chaque année, la revue Bananas, toujours menée par Évariste Blanchet, a sorti un numéro en début d'année. Qualité et éclectisme sont encore une fois (la sixième) au rendez-vous : analyses variées ; bilan détaillé de Top Ten d'Alan Moore, avec un passionnant entretien avec les dessinateurs de cette série ; critique de Quanticafrique, de Fabrice Neaud ; bilan des péripéties récentes de la vie de l'Association et bien d'autres choses encore !

vendredi 18 avril 2014

Gabriel Garcia Marquez (1927-2014) est mort

Chronique d'une mort annoncée : Gabriel Garcia Marquez se débattait depuis quelque temps contre la maladie. Il est mort hier, le 17 avril, à l'âge de 87 ans.

C'est l'un des plus grands écrivains du 20ème siècle qui vient de s'éteindre. Son nom est fréquemment associé au "réalisme magique", genre protéiforme qui insère des éléments surnaturels dans des situations se rattachant à un cadre historique et géographique avéré, propice aux situations narratives riches et incitant à la rêverie. Il fut l'une des figures de proue de la riche littérature latino-américaine des dernières décennies, avec Maria Vargas Llosa ou Carlos Fuentes, entre aures.

Initialement, j'avais lu quelques-uns de ses romans en français. Mais c'est en découvrant Cien años de soledad en version originale que j'ai réellement été conquis par son oeuvre. Quel que soit le talent des traducteurs, il est extrêmement difficile (voire impossible ?) de retranscrire à sa juste valeur la puissance du verbe, l'imagination verbale richissime de cet auteur hors norme. Je me suis ensuite plongé dans les méandres vertigineux de El general en su laberinto, El otoño del patriarca et autres romans dans lesquels on plonge, on se perd, on erre dans des mondes imaginaires d'une foisonnante richesse.

Gabriel Garcia Marquez s'est maintenant perdu dans un autre monde, lui qui a si souvent peint avec tendresse et poésie patriarches et vieillards à l'approche de la mort.

dimanche 9 mars 2014

Mort d'Alain Resnais (1922-2014)

Alain Resnais, un des plus grands réalisateurs français, est mort le 1er mars, à 91 ans.

Je vais commencer par un aspect un peu secondaire de la vie de ce cinéaste, sa passion pour la bande dessinée. Alain Resnais a en effet toujours été passionné par les classiques de la bande dessinée et des comics trios américains. Il fut un des premiers intellectuels à s'intéresser à cet auteur alors bien peu considéré ; il fut ainsi membre du CELEG, club de bande dessinée créé dès 1962. Il fit dessiner les affiches de ses films par Enki Bilal, Floch, Blutch. Il demanda au très grand auteur de bande dessinée américain (et compagnon de route de Will Eisner), Jules Feiffer, de lui scénariser un film (I want to go home).

Mais ce n'est pas le plus important. Personnellement deux éléments me marquent plus particulièrement dans son œuvre. Le premier est qu'il s'entoura de scénaristes à la personnalité artistique extrêmement forte sans que cela ne l'empêche de réaliser à chaque fois des films très personnels. Hiroshima mon amour est clairement une œuvre de Marguerite Duras, L'Année dernière à Marienbad est très caractéristique de l'imaginaire d'Alain Robbe-Grillet, La Guerre est finie reprend les thèmes fétiches de Jorge Semprun. Pourtant, avec chacun de ces films, et tous les autres, Alain Resnais créait une œuvre extrêmement personnelle. Une œuvre à la fois très spécifique, reflétant sa personnalité unique, et très variée, grace à la grande diversité des scénaristes avec lesquels il a travaillé.

Le second point qui m'a particulièrement marqué dans les films d'Alain Resnais est son inlassable recherche formelle. Comme si chaque film devait répondre à une nouvelle contrainte formelle et devenir ainsi un objet non identifié, jamais réellement vu auparavant. La singularité des scénarios d'Hiroshima mon amour et de L’Année dernière à Marienbad suffisait pour en faire des films formellement uniques. Puis les contraintes que s'imposait le réalisateur furent très diverses : insertion de commentaires scientifiques dans Mon oncle d’Amérique, irruption de phylactères dans I want to go home, théâtre filmé dans Melo (alors que la plupart des adaptations de pièces de théâtre au cinéma recherchent à s'éloigner formellement du théâtre, en ajoutant notamment des décors et des personnages plus varies qu'est ns la lice d'origine, Alain Resnais cherche au contraire à coller à un style de théâtre filme dans Melo : il ne garde que les décors et les personnages d'origine, renforce le caractère artificiel des décors, etc.), multiplication des univers possibles en fonction des choix, souvent d'apparence mineurs, des personnages dans le diptyque Smoking et No Smoking, adaptation de formes surannées comme une opérette des années 1920 dans Pas sur la bouche, etc.

Un grand cinéaste vient de s'éteindre. Tous ses films ne m'ont pas touché avec la même intensité mais dans chacun d'entre eux, j'ai trouvé suffisamment de la singularité de ce réalisateur et de diversité formelle pour vivre une expérience passionnante en les voyant...

samedi 22 février 2014

Une histoire de Tom Strong par Alan Moore et Jaime Hernandez !

Le fait m'avait échapé : Alan Moore et Jaime Hernandez ont collaboré pour une histoire de Tom Strong ! Cette histoire, Tesla Time, a été publiée dans Tom Strong’s Terrific Tales #1, en 2002. Pour être franc, il s'agit d'une courte pochade de quatre pages mais cela n'en reste pas moins très plaisant de voir ces deux grands collaborer.

Ce récit est disponible en ligne, avec un grand nombre d'autres récits courts et illustrations rares des frères Hernandez. Une mine à découvrir !

samedi 15 février 2014

Un album de Xavier Mussat à paraître prochainement

Il est peu de dire que Xavier Mussat est un auteur rare. Il a publié des récits isolés dans la revue Ego comme X entre 1994 et 2000, un album (extraordinaire), Sainte Famille, en 2002, et a contribué à environ la moitié de l'album neaud mussat squarzoni, sorti en 2004 pour les 10 ans de l'éditeur Ego comme X. C'est peu. Malgré cette œuvre peu prolifique, Xavier Mussat est l'un des auteurs francophones de bande dessinée autobiographique parmi les plus talentueux, avec ses collègues d'ego comme x, Fabrice Neaud et Lucas Méthé, et quelques autres comme Edmond Baudoin ou Mattt Konture.

Rien donc de nouveau en bande dessinée de sa part depuis 2004. Et voilà qu'il a récemment annoncé avoir terminé son nouvel album. Quelques 250 pages à paraître prochainement chez Casterman. Je ne connais ni le titre, ni la couverture mais c'est peut-être l'album que j'attends avec le plus d'impatience dans les prochains mois.